

En vous souhaitant à tous de passer en douceur et en chaleur le seuil de cette année qui approche. Des baisers cannelle, champagne et tulle. Anaïs



Un an déjà. Un an seulement. Un an que j'écris ici, pour mieux vivre et plus fort. Le 21 décembre 2006, j'avais commencé ce journal comme un cri de détresse, comme un appel à l'aide envers les mots. Débuté comme outil thérapeutique, presque comme dernière chance, cet endroit est devenu un peu plus que ça. Il m'a permis des rencontres et des coups de coeur, il m'a donné un lieu où crier et rire et dire qui j'étais malgré les masques.
Merci aux gens qui me lisent. À ceux que je connais un peu et à ceux que je ne connais pas. Sans eux j'aurais sûrement arrêté
Un an. J'ai beaucoup changé. Grandit peut-être. En tous les cas les mots sont toujours là, comme autant de bannières et de phares.
Je tiens le cap.
D’abord il y a le froid, bien sûr, lumière sucre glace et buées de décembre. Le soleil est de la partie, les trains aussi, pas les trams (ben oui, on ne peut pas tout avoir), tout transport est donc affectif et affectueux sinon rien.
Bruxelles est là, tout en chauds sourires, jeux de mots et gaufres à léchantes. Les liens américano-belges se tissent, se resserrent autour des verres qui s’enchaînent et ça parle de sosies, de gens méchants et des gentils aussi, un peu. Les discussions culinaires abordent la morue et sa digestion, le gâteau basque, les religieuses au chocolat.
Il est là, dans le carmin de son salon et de ses pensées. Je suis là. Quelques jours au diapason.
Et, en vrac, il y a aussi la lourde et chaude tapisserie orange de la librairie, le dos mutin du performeur et ses cheveux en bataille, les blagues de mauvais goût et les plus subtiles, les regards échangés, sa main dans la mienne, des choses tacites qui grandissent et prennent de l’assurance ; il y a les déplacements en groupes le long des rails de trams déserts, mes talons qui claquent sur le pavé, la course contre la montre, les cafés avalés au petit bonheur et entre deux problèmes techniques. Il y a le rouge de mes ongles, le rouge de mes gants, le rouge de mes joues quand je parle à Catherine Robbe-Grillet, si menue mais immense de tenue, de classe, d’élégance et de richesse intérieure ; il y a l’homme au divan hors de l’exercice de ses fonction, son chapeau et sa voix (que j’entends enfin un peu plus).
Il y a le comptoir de Thierry, son béret et sa bonne humeur, il y a le vin qui coule à flot, la charcuterie, le fromage, le foie gras, il y a les discussions animées entre le sauvageon proustien et tous ceux qui le contredisent (ou était-ce le contraire ?), sa mauvais foi et son esprit rapide et cinglant, ses mimiques et ses avis tranchés, toutes ces choses qui me font dire qu’il m’énerve et m’enchante de plus en plus, il y a les cigarettes que je ne fume pas et les fous rire nerveux et joyeux qui me servent de baume au cœur.
Et aussi les pierres dures et froides de la fac, les débats, les échanges, l’impression d’être à ma place, le sentiment d’être vivante, vibrante, vivace, les soucis que je laisse derrière moi et que j’oublie le temps d’un souffle ; les promesses de voyage et de visite, les projets qui allument des lanternes le long des jours à venir, les lectures débridées, décomplexées, partagées et offertes, les mots qui tournoient, qui réchauffent, qui raniment et rafistolent ; ses mots à lui qui relayent la douceur et la force de ses bras.
Et aujourd’hui il y a le souvenir de tout ça qui donne un coup de pouce à mon courage.
Edit : Et pour des comptes rendus plus détaillés, moins brouillons, différents et complémentaires, frappez à cette porte.
Le cœur un peu gelé de cette possibilité qui s’est dérobée à moi, ce projet auquel je croyais, poste qui devait me permettre de quitter ces murs trop lourds à porter, de m’évader de cette famille que j’aime mais dont j’ai tant besoin de me séparer, le cœur en berne donc et l’espoir un peu écorché j’ai été voir chez elle et chez elle. Et leurs joyeux projets rêveurs, leur douce nostalgie partagée, leurs igloos en devenir d’amitié et de rencontre m’ont un peu pansé la déception. Et je me suis dit qu’il y aurait le rêve, toujours, et ces mots qui coulent de mes doigts et de mon ventre, ces mots auxquels je peux toujours revenir encore et encore, même si tout s’effondre autour et même si le vent souffle sur ces maudits châteaux de carte qu’on s’acharne à bâtir au milieu de la tempête, pauvres petits idéalistes que nous sommes.
Et alors, du haut de leurs grues, j’ai regardé au loin parce qu’il le fallait bien, je ne pouvais pas laisser mes prunelles fichées dans le présent qui m’angoisse. Je suis montée très haut, j’ai respiré à l’air libre (qui ? l’air ? moi ?) et j’ai souri aux mouettes qui braillaient.
(même si, en croquant dans les nuages, je n’ai pas pu avaler complètement cette boule de peur qui squatte ma gorge).
Alors, en pensée, j’ai enfilé mes gants carmin, ceux à la fourrure d’évasion, et je les ai rejoint sur le terrain enneigé de notre futur palais de glace.