Soirée solitaire. Je ne m’en plains pas, mais j’écoute le silence de la maison. Le bruit de la pluie est glacial et sourd, j’ai des envies d’ivresse dans des bars enfumés. Envie de rentrer avec un inconnu comme je le faisais il y a quelques années. Envie de me réveiller à côté de lui et de me dire, de sentir, de savoir, qu’il m’est indifférent. Je sais bien pourtant que la solution ne se trouve pas dans ces eaux-là. Et que la nostalgie que j’éprouve parfois de ces nuits faciles est trompeuse: dans ces bras interchangeables, je n’étais pas plus moi-même.
Mais alors, qui suis-je? Cette question qui me hante, qui m’obsède, qui m’empêche d’avancer parfois.
Et qui fait écho au monologue timide que j’ai tenu ce matin, confortablement assise dans le cuir d’un fauteuil qui avait tout du divan.
Toujours j’ai eu cette certitude profonde, ce gouffre immense qui s’ouvrait devant moi, que je ne pouvait être une. J’étais double, triple; ou j’étais rien. Oui, le plus souvent, je n’étais rien. Et devant cette absence de moi, devant cette colonne qui refusait de me soutenir puisqu’elle ne savait même pas de quel côté j’allais tourner la tête, devant mes avis qui changeaient au gré de conversations, qui se courbaient sous l’assaut d’un argument trop bien défendu, qui se soumettait devant la menace d’un possible conflit, je n’avais plus rien à quoi me raccrocher. Plus rien excepté ma peur. Mon angoisse. Ma terreur. Ma seule caractéristique, celle qui me rendait unique. Ces instants qui me prenaient à la gorge avec une allégresse blanche, le coton de mes jambes, mes lèvres exsangues. Que ça qui me définissait.
Aujourd’hui, je me bats. Parce que je veux être plus que ça. Je veux m’aimer et me trouver belle et savoir que cette femme qui m’observe dans les miroirs ne vacillera plus tant dans les brouillards du doute. Je veux savoir qui loge dans ma tête, tout au fond, là où je ne descends plus depuis bien longtemps. Je voudrais apprivoiser ce moi… Peut-être gagne-t-il à être connu…
Alors j’avance. Tout doucement, prudemment. Et je n’essaie plus de déchiffrer les signes à l’horizon. Il viendra bien assez vite.
par anaïs
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Avant tout autre chose, une pensée très tendre pour soutenir et redonner courage à une personne qui m'est très chère, qui se bat, tous les jours, pour aller mieux dans son corps et dans sa tête. Et qui n'a pas de chance. Et que je voudrais bien embrasser pour lui donner un peu de chaleur et lui dire que je suis là.
Kopf hoch, petit écureuil!
par anaïs
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Dimanche 31 décembre 2006
Pour l'année qui touche à sa fin, pour tout ce que cela suppose de désillusions mais de promesses aussi, je ne pouvais pas ne pas citer cette femme, encore.
"Parfois je me retourne et retrouve votre odeur et je ne peux pas continuer je ne peux pas continuer putain sans exprimer ce terrifiant ah putain cet effrayant ce blessant putain de besoin physique que j'ai de vous. Et je ne peux pas croire aue je peux ressentir ça pour vous et que vous, vous ne ressentiez rien. Vous ne ressentez rien? /Silence/ Vous ne ressentez rien? /Silence/ Et je sors à six heures du matin et me mets en quête de vous. Si mon rêve m'a indiqué une rue ou un café ou un métro je m'y rends. Et je vous attends.
(Sarah Kane, 4.48 Psychosis)
Pour ceux qui ne connaissent pas cet auteur, je conseille, à qui le peut, de lire ses pièce en anglais. Ou la traduction allemande (qui, de mon point de vue, rend bien mieux l'univers de Kane). Je la cite ici en français par commodité.
par anaïs
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"Ce que j'ai pu m'enlaidir dans les complications affectives! Alors qu'il me fallait à tout prix, et vite, des certitudes sur ma capacité à être aimée. Trop roulée en boule sur moi-même /toujours dans la lune/ incapable de délimiter ce qui était encore moi et ce qui ne l'était déjà plus, où commençait le sentiment de l'autre, où s'arrêtait le mien, quand les autres pouvaient être blessés plus que moi-même... Je me laissais envahir par n'importe quoi tout en affirmant mes hautes exigences d'indépendances, en terrain miné. Je me faisais penser à une renarde obsédée par la seule idée d'entrer dans le poulailler, dès que j'y avais mis les pattes, mon obsessions unique était d'en resortir au plus vite, je voulais absolument faire partie, être acceptée, et en même temps, je ne supportais aucune appartenance, à peine intégrée dans un groupe je faisais tout et son contraire pour en être exclue ou m'enfuir, tout simplement."
(A.-L. Grobéty, La Corde de mi)
par anaïs
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