Pas le moral ce soir et les mots ne viennent ni beaux ni délicats. Ils tournoient et sifflent à mes oreilles des mélodies haineuse, crachent des notes qui racontent mon envie de baisser les bras, le soir, lorsque je ferme les yeux. Ferme la porte de ma chambre sur une journée de plus passée à la regarder souffrir, à observer en douce son visage se rider sous les assauts du corps.
Toute la maison a revêtu le manteau clouté de la maladie.
Comment parler de ça. Je ne l’évoque jamais ici. Mais tout est saccagé. Ma mère que je connaissais vive, spontanée – soupe au lait – et pleine d’entrain, d’espoir, pleine de ce rire aux larmes qui lui vient de l’Italie, ma mère meurt doucement, ayant succombée à des angoisses et des rêves en miette et cette boule venu se loger au fond de son sein, un mois de juin. Depuis, de sombres maux ont élu domicile dans sa nuque, son dos, ses doigts qu’elle tient sans cesse recroquevillés, comme figés, dans l’attente d’un soulagement qui ne vient pas.
Et puis. Ce mois de janvier dernier, encore. Lui cette fois. Son cœur qui est revenu mais qui n’a plus eu la force d’emmener son cerveau avec lui. Les cliniques. Les médecins et les assurances. Les factures à payer et les thérapies par centaines. Les « vous pouvez être heureux qu’il soit en vie ».
(ah bon ? AH BON ??? mais qu’est-ce que vous en savez putain de blouse blanche les mots c’étaient sa vie -)
Lui qui m’a mis sur la voie des livres. Lui qui a lu tous mes travaux, il ne lira pas le dernier.
Il aurait été tellement fier.
J’écoute ma vie au stéthoscope. Je n’entends plus aucun de mes rêves. Parfois je revois la famille que nous avons été. Pas parfaite, pleine de rancoeurs inavouées, pleine de ces imperfections propres aux histoires familiales. Mais avec des rires, et des projets. Mais avec un avenir.
Je n’ai plus la force de faire celle qui tient bon. Celle qui sourit malgré tout. Celle qui insuffle encore de la vie avec sa bonne humeur.
J’ai envie de me réveiller.