Lundi 19 novembre 2007

Dédicace spéciale à une complice Kelly Calèche

 

Des envies de chaleur à la limite du brûlant. Des gouttes de cire pour une sensation entre le frisson d’appréhension et le soulagement lorsque éclate la bulle de feu à l’orée de ma peau. Là où elle est tendre, là où elle ne se dit pas. Dans des endroits où la moindre brèche est synonyme de la plus tendre reddition. J’imagine les couleurs en vrac qui paillettent l’épiderme, qui l’ornent, doux vestiges du pas de deux entre lui et moi.

 

Des spectateurs ? Peut-être. Comment le savoir puisque mes yeux sont bandés et que je n’entends que mon souffle qui s’emballe , qui s’agite, qui s’enfièvre ?

 

Mon corps immaculé, ces temps, me démange. Envie de voir sa marque sur moi. Entendre siffler la promesse de cuir au bord de mon oreille avant qu’elle ne s’imprime. La contempler, ensuite, dans le miroir, écho et reflet du rouge qui habille mes joues. C’est peut-être un des moments que je préfère. Celui où je prolonge, dans l’image qui m’est renvoyée, une complicité tout en douce sauvagerie et folle tendresse.  

 

(Et des besoins, plus crus et plus violents, mais que les mots ne savent pas rendre, dès qu’ils ne sont plus murmurés. Alors je les garde. Pour lui et moi.)

par anaïs publié dans : désir du jour
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Samedi 17 novembre 2007

Je néglige ce blog depuis quelques temps. Les mots restent bloqués au bout des doigts, impossible de les imprimes sur le clavier. Je ne sais pas si c’est l’hiver qui tombe ou mes réserves qui s’amenuisent doucement. La journée, je cadenasse tout mon corps et ma tête pour pouvoir fonctionner au sein de ce quotidien qui n’est fait que de maladie, de larmes, de projets avortés et de souvenirs qui font mal parce que le bonheur s’y cache et qu’on sait qu’il ne reviendra plus.

 

J’ai l’impression d’évoluer avec un énorme scaphandre invisible.

 

Recroquevillée à l’intérieur, je me nourris de moments d’évasion que je crée de toutes pièces. La conscience enfermée à double tour, pour que rien ne filtre, pour que rien ne sorte ni n’entre ni ne se mélange. J’ai besoin d’un espace absolument vierge de tout extérieur, comme un sas pour que la réalité ne me cogne pas trop durement.  

 

Je vis en apnée.

par anaïs publié dans : désir du jour
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Mercredi 7 novembre 2007

 

Quand elle se lève le matin, le jour s’étend pâle sur les bouts d’herbe gelée. L’air est électrique de froid. Cela lui met le sourire aux lèvres quand l’oxygène s’embue au seuil de sa bouche. La tête lui tourne, ça tape comme un tambour qui résonnerait trop fort. Elle balance les talons sous le lit et enfonce ses pieds dans le moelleux des grosses chaussures laquées noires, vestige d’essais un peu hippies, le seul qu’elle ait gardé. Les bas rouges qui dépassent n’en paraissent que plus fragiles, jambes de porcelaine dans un écrin d’éléphant. Le béret noir. Les gants coupés pour que les ongles se pavanent. Si c’est pas réfléchi tout ça, elle en soupirerait presque, tiens.

 

 

Une vérification dans la glace de l’entrée, masquée par l’ombre du porte manteau. Pas de doute : pour le teint de Monica Belluci, il faudra repasser.

 

Dans le métro, elle écoute des mélodies scandinaves pour se donner des illusions nordiques. La rame sent l’habitude. Elle, Truth de Calvin Klein. Elle choisit les parfums en fonction de leurs noms, comme le vin.

 

L’entrée en ville se fait dans un brouhaha de gens qui se dépêchent vers leur quotidien. Elle monte le volume de son i-pod et suit d’un œil détaché le ballet grotesque de la foule qui s’agite maintenant sur fond insonore, comme dans les vieux films de guerre muets. Elle se laisse emporter par le flot, vers sa destination. Sa caverne. Son île. Son Neverland à elle. L’endroit qui, à lui seul, lui permet de tenir et de rire, de garder des jardins secrets plein les yeux.

 

Le calendrier indique le 1 décembre. Et le 1er de chaque mois, pour June*, c’est jour de librairie.

 

La haute porte coulisse son verre et s’efface pour la laisser entrer. Autant le dire, l’endroit est trop clair, trop net, trop grand et dans tout ce trop, il y a un peu de l’âme des mots qui se fait la malle. Mais il en reste assez pour mille voyages. Alors elle soupire d’aise dans son écharpe à rallonge et ses cils papillonnent : ce mois, le 1er tombe un lundi, les gens travaillent, les allées sont presque désertes. Un tête à tête entre elle et les quatrièmes de couverture. Elle glisse entre les rayons, le cœur à l’abordage. Les tapis feutrent ses pas et elle laisse courir ses doigts de titre en titre, pensant furtivement qu’elle rêverait d’apprendre à lire en braille, juste pour le plaisir du toucher. Entre deux livres, elle passe sa langue sur ses lèvres et si quelqu’un l’observait, il la trouverait un peu obscène dans cette humidité qu’elle partage avec la poussière des pages. D’ailleurs son souffle s’emballe un peu, comme dans un corps à corps, quand la fièvre et le plaisir impriment un nouveau rythme à la veine du cou.

 

Volatile, éphémère maîtresse, June palpe, pèse et repose ses mots amants. Elle butine des morceaux de phrases, autant de portes entrebâillées sur des mondes inconnus.

 

Boudant les romans policiers, elle s’attarde sur les récits de voyage, hésitant une énième fois à craquer pour un Nicolas Bouvier. Son regard s’alanguit le long d’une édition de luxe des Poésies de Mallarmé, alors que, déjà, ses mains se baladent sur la correspondance croisée de Rilke et de Lou Andreas-Salome. Son âme de petite voyeuse a un faible pour les lettres, celles qui ouvrent des brèches dans les mythes des grands écrivains. Elle tergiverse. Faire des choix n’a jamais été son fort. Opter pour l’un, c’est évincer l’autre. Fidèle aux dogmes tacites de sa génération, June veut tout sans renoncer à rien et l’idée ne l’effleure pas que ce qu’elle nomme joliment Absolu n’est au fond qu’un caprice.

 

Elle soupire langoureusement et un vieil homme à côté d’elle s’excuse en bafouillant, à croire qu’il l’a surprit à moitié nue.

 

Les livres allemands l’attirent un instant. Stein bedeutet Liebe, une nouvelle parution sur la liaison entre la jeune Regina Ullmann et le psychiatre Otto Gross dans la Munich décadente d’un vingtième siècle balbutiant. Essayant diverses sonorités sur les lèvres, elle s’interroge sur une possible traduction. Sa préférence irait à un très peu littéral Quand je dis pierre je dis amour, puisqu’il est question de psychanalyse. Mais on tranchera probablement en la faveur du très banal Pierre veut dire Amour, s’extasiant sur la polysémie de « pierre », alors que « stein » n’évoque que le roc, le caillou, sans prétendre à un quelconque prénom d’homme. Moqueuse, elle remet le récit en place. Au vu de ses rêves du moment, ce n’est peut-être pas la peine d’en rajouter. En vitesse elle l’estampille « trop grand danger d’identification » et s’ébroue les reins de pensées illicites.

 

À quelques pas de là, la cathédrale lui sonne les cloches. Les montres avancent, la terre tourne, le sablier crache ses grains de sable sans prendre de gants. June envoie balader ses rêveries et dit finalement « oui » au dernier Murakami. Un bout d’Asie au creux de la paume, elle ajoute un García Marquez, pour le titre, Mémoire de mes putains tristes. Ce sera deux pour aujourd’hui, deux à lire devant un café au lait, alors que la neige n’en finit pas de tomber sur la ville. Les pages qui se tournent flocon par flocon.

 

Pleine d’un désir d’avant l’amour, elle passe en caisse. Carte bleue contre bouts d’ailleurs, l’échange est honnête. Elle sait bien qu’il n’y a que dans les mots qu’elle peut faire vivre toutes ces femmes qui naissent en elle, au détour des jours qui passent. Que ça qui recolle tous les morceaux de la mosaïque en miettes.

 

Alors franchement, elle trouve que c’est pas cher payé.

* Ndlr : Anaïs. June. Pour ceux qui savent : Ben oui, les doubles dans les miroirs faut bien que ça serve à quelque chose.

par anaïs publié dans : Fictions en miroir
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Mardi 6 novembre 2007

Pour le plaisir de l'imaginaire. La publicité Hermès pour le parfum Kelly Calèche. Juste pour la séduction des yeux et parce que je suis passée devant l'autre jour, une étincelle dans la tête.

par anaïs publié dans : portrait of a lady
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Samedi 3 novembre 2007

Für Katrin,

Jukebox : Turn around, Bonnie Tyler.

 

 

Hier cette voix nette dans le combiné du téléphone, son rire clair au bout du fil. Dès années lumière que je ne l’ai vue, me semble-t-il. Et pourtant j’ai son visage niché au fond du ventre, comme une envie de bohème. Elle me dit « je n’ai jamais oublié ces mois de folie douce, d’inconscience, de laisser vivre au gré des jours ». À peine si j’ai besoin de lui répondre « moi non plus » tant ses souvenirs épousent les miens.

 

Notre « Summer of 69 » à nous : Bordeaux, octobre 2004 – février 2005. Un hiver d’ivresse et d’étoiles. Sur les photos nous avons des sourires dans les yeux et des shots de tequila dans les mains. Allez, encore un pour la route (elle sera si longue, ensuite, ma belle).

 

La première fois que je l’ai vue, je ne sais plus bien, je me souviens juste de ce café sordide de la grande place où nous n’avons plus jamais mis les pieds par la suite. Première sortie, rires hésitants, des espoirs d’aventure plein les prunelles. Ses cheveux tous blonds et ses yeux bleus, son dialecte tranché du grand nord, et son petit bonnet couleur crème, celui qui n’allait qu’à elle. Ce que nous avons commandé ? Du vin rouge probablement, nous étions à Bordeaux que diable !, il fallait bien. Par la suite plutôt du blanc, acheté en promo à Champion, ouvert dès 17h00 pour suivre le rythme anglais. Et puis les desperados, les vodka jelly, le champagne, les cafés pour tenir et le coca light pour la tête le lendemain matin, acheté au Proxi du coin de la rue. Puis, traverser en vitesse, en face il y avait la boulangerie et les croissant, et la pharmacie pour les nuits qui avaient fini trop tard, trop mal, trop dans la débauche.

 

(Tu te souviens, Süsse, notre dernière nuit, les cocktails et puis cette immense faim, à 02h00 du matin, lorsque nous nous sommes pris la vitre en pleine figure, trop soûles pour ouvrir la porte ?)

 

Les week-ends, c’était promenade sur la brocante, ou dégustation d’huîtres dans la lumière glacée des quais. C’était je te dis tout de ma vie, on se connaît à peine mais on a l’éternité devant nous pour se rattraper. C’était les livres qu’on lisait, les hommes qu’on aimait et ceux qu’on embrassait, juste comme ça, parce que la nuit est longue et les pistes de danse à perte de vue. C’était St.Émilion dans la grisaille pluvieuse et les macarons à la pelle, les cafés au lait dans l’affreuse cafeteria au lieu des cours, c’était les réveils sur le clic-clac pourri du salon, les séances dvd les après-midi de pluie. Et la nuit, toujours, qui tombait sur nos confidences.

 

(Tu ne m’as jamais jugée. Pourtant. Tu as été la première à savoir des choses. Celles qui n’avaient même pas encore commencées, qui pointaient à peine dans ma tête, celles qui m’ont explosées dans le ventre par la suite. Je ne te remercierai jamais assez des mots que tu as su trouver, instinctivement, cette dernière soirée devant nos alcools sucrés. C’était en février. Deux jours plus tard je faisais des signes de la main à une voiture qui démarrait, Cours de la Marne. )

 

Bientôt trois ans. Et un manque d’elle, de ces journées, que je trimballe comme un talisman au fond de mes poches.

par anaïs publié dans : échos du passé
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