Samedi 6 octobre 2007

T’as quatorze ans, elle en a treize, elle a des nattes à faire pâlir d’envie la petite fille aux allumettes et elle te regarde d’un air bêcheuse et elle dit : « ben non ».

 

« Ben non », ça veut dire, non tu ne viendras pas à mon anniversaire ni à celui d’Alexandra, parce qu’Alexandra c’est ma copine, donc pas la tienne, et puis non tu fais pas partie de notre groupe et pas partie de notre univers de rire, de petits mots complices glissés pendant les cours et de chuchotements dans l’oreille avec la main devant. Pour bien protéger, pour bien cloisonner, pour bien montrer que « tu n’en es pas » pauvre idiote et que tu n’en seras jamais, alors elle cligne des yeux et elle soupire l’air de dire, je suis désolée mais je peux vraiment rien pour toi, t’es décidemment trop pas comme nous, trop pas assez cool, pas assez jolie, pas assez adulée des garçons qui déjà se voit tirer les nattes vers le bas, vers leur bas, vers…. Bref, tu seras jamais une femme comme nous. Et toi tu montres pas tes larmes et tu te dis que forcément ça va te hanter et que tu te vengera un jour, sur d’autres nattes, à couper dans son sommeil par exemple, ou alors tu deviendras coiffeuse et tu teindras toutes les nattes du monde en vert ou en bleu, et puis, puisque c’est comme ça tu deviendras intelligente et tu les désincarneras à coup de livres et

 

- et ça changera rien parce que t’en crèveras pareil, mais au moins t’auras les mots pour le dire.

 

par anaïs publié dans : Fictions en miroir
ajouter un commentaire commentaires (7)    recommander
Mardi 2 octobre 2007

À tous ceux qui - comme moi - ont passionnément aimé Lost in translation de Sofia Coppola ( et pas seulement pour l'appétissante bouche de Scarlett Johannson! ), je conseille vivement de lire Faire l'Amour (Ed. de Minuit 2002) de Jean-Philippe Toussaint, auteur plus connu pour des livres "à procédé" tel que La salle de bain où son goût pour les jeux langagiers et les situations absurdes et loufoques bridaient, à mon sens, la très belle poésie de son écriture et son talent pour le rendu d'atmosphère qui éclate dans Faire l'Amour ainsi que dans Fuir.

Faire l'Amour se passe au Japon, à Tokyo, dans un grand hôtel. Marie est styliste de mode, le narrateur est son compagnon. Ils n'en finissent pas de faire l'amour et de se quitter. Ou serait-ce plutôt le contraire?

"Elle était immobile, allongée dans un des élégants canapés en cuir noir du hall, la tête et les cheveux tombant en arrière, un bras ballant au sol, et vêtue - c'est ce qui me frappa immédiatemment le plus - d'une de ses propres robes de collection en soie bleue nuit étoilée, strass et satin, laine chinée et organza, qu'elle avait passée n'importe comment avant de quitter la chambre sans l'agrafer à l'épaule, ni l'ajuster aux hanches (je ne l'avais jamais vue porter une de ses robes, et cela ne présageait rien de bon). Pas maquillée, la peau très blanche sous le cristal des lustres, des lunettes de soleil sur les yeux, elle fumait posément une cigarette. Tu es là? dis-je en m'approchant d'elle. Elle me regarda avec une lueur d'amusement, et je lus un soupçon de supériorité méprisante dans son regard, qui semblait me dire qu'on ne pouvait décidémment rien me cacher (oui, en effet, elle était là), mais qui voulait dire aussi, ou bien interprétais-je mal ce sourire en y débusquant de la malveillance alors qu'il n'y avait peut-être qu'un peu d'affectueuse moquerie, qu'elle n'en avait rien à foutre, de ma sagacité, et qu'elle y était même souverainement indifférente, à ma sagacité de merde. Ce qu'elle attendait de moi maintenant, ce n'était pas des preuves d'intelligence, encore moins des explications quelconques sur ce que nous venions de vivre de si brûlant dans la chambre, des arguties, des justifications ou des raisonnements, c'était que je l'embrasse, et c'est tout - et, pour cela, l'intelligence n'était d'aucun secours."

par anaïs publié dans : mots d'ailleurs
ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander
Samedi 29 septembre 2007

 

Et parfois mes envies se font très sages, les images tendres, le corps doux. Et je rêve de ma peau blottie dans la chaleur de la sienne et de son sexe qui se dresse lentement contre mes courbes; et son souffle dans ma nuque; et ses mains sur mon ventre et des caresses tout autour du coeur -

- et. Et le reste serait juste pour nous.

par anaïs publié dans : Fictions en miroir
ajouter un commentaire commentaires (6)    recommander
Mercredi 26 septembre 2007

 

« Who are you » je lui murmure dans l’oreille et je voudrais avoir la voix de Tom Waits mais ce n’est que la mienne et j’escamote le rampement rauque de la phrase. Elle a son regard guerrier et son cristal fiché au fond des prunelles ; j’ai mes complexes qui me déboîtent la gorge et qui jugulent mon envie de lui en coller une.

J’ai remplacé les Nocturnes de Chopin par la précision assassine de Karajan faisant l’amour à Vivaldi. Dehors le soleil pâlit d’heure en heure, bientôt il aura les nuances cendrées des fins de saison.

 

Je me ressers du vin ; il n’y a pas de raison.

 

Pleine de l’autorité que me confère le noble breuvage, je m’irise et m’emporte, sans plus réfléchir aux marques qu’impriment le clavier, sans plus rien omettre de toute cette haine qui m’anime encore et palimpseste mes rêves la nuit. Je l’observe en cachette, dans les moindre recoins de sa face d’ange et j’éructe et j’ajuste en pensée la bretelle du top en dentelle s’affaissant sur les épaules : sois poupée jusqu’au bout !

 

Je me ressers du vin ; il y a mille raisons.  

 

Alors, dans un large mouvement de ciseaux je refais le portrait à la photo mentale, telle qu’elle est restée placardée au seuil de ma mémoire. Un coup dans les joues de pêches, un dans le satiné des épaules, un dernier au petit bonheur et au grand aussi – celui qu’elle m’a volé.

par anaïs publié dans : Fictions en miroir
ajouter un commentaire commentaires (7)    recommander
Jeudi 20 septembre 2007

 

Un immense MERCI à tous ceux qui m’ont soutenue, les écrits sont passés, réussis, validés. Sans éclat fulgurant de génie certes, mais les lectures amassées au fil de ces cinq dernières années ont tout de même porté leurs fruits. Une pensées reconnaissante pour mon professeur, probablement ému de ma soudaine pâleur et de mon visage aux traits quelques peu allongés, chiffonnés, qui a accepté avec un sourire et un agréable mépris du protocole que je l’appelle aujourd’hui pour savoir si « ça passait ». Cela passe. Dont acte. Et en avant pour les oraux.

(au milieu de tout ça des souvenirs qui reviennent à la pelle et à l’assaut sans barrières sans armures sans égards, car je le sais là-bas qui enseigne des rhinocéros et autres ionesceries, alors forcément je revois la voiture le départ en Espagne nos chevilles qui s’entrelaçaient  sur le tableau de bord, jambes de blonde jambes de brune, et nos mots qui voltigeaient en l’attendant au bord de cet université toute en arcade, ces discussions sur le plaisir, sur le désir, et toujours cette impression de malaise qui se mêlait aux joies les plus éclatantes ; et nos sourires complices auxquels je croyais et son sourire à lui de nous retrouver à la sonnerie de la cloche, et puis la route vers le sud. le sud.)

Et puis aussi cette magnifique phrase d’Hervé Guibert, qui me vient, là, dans le soleil de l’automne, qui est en fait une phrase de Sartre, je le sais, mais comme je l’ai découverte chez Guibert elle lui sera à jamais liée ; et elle dit  si la littérature n’est pas tout elle ne vaut pas une heure de peine 

Et alors je souris.

 

par anaïs publié dans : désir du jour
ajouter un commentaire commentaires (16)    recommander

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus