Dimanche 9 septembre 2007
« On ne me vit plus avec le trio. Les jeunes filles ne s’aperçurent pas plus de mon absence que de ma présence. J’étais invisible. C’était ça, mon problème. Défaut de visibilité ou défaut d’existence ? Cela revenait au même : je n’étais pas là. Ce souvenir me tortura. Je constatai avec dégoût que cela n’avait pas changé. Ou plutôt si : il y avait Christa. Christa qui m’avait vue. Non, c’eût été trop merveilleux. Christa ne m’avait pas vue : elle avait vu mon problème. Et elle s’en servait. Elle avait vu une fille qui souffrait abominablement de ne pas exister. Elle avait compris qu’elle pouvait utiliser cette douleur vieille de seize ans.
Déjà, elle s’était emparée de mes parents et de leur appartement. Elle ne s’arrêterait sûrement pas en si bon chemin. »
(Amélie Nothomb, Antéchrista)
par anaïs
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Dimanche 2 septembre 2007
Je me coule avec une amertume mêlée d’appréhension dans les habitudes de la maison. Une angoisse sourde pèse sur les meubles et les enveloppe d’un futur incertain, leur murmurant de cacher bien vite les souvenirs des jours heureux. Le soleil s’efforce de dorer les lourds escaliers acajous, se moquant au passage de la bourgeoisie qu’ils se plaisent à aborder le long du tapis écarlate. Les sourires sont un peu forcés, les rires fugaces, presque honteux d’avoir éclatés.
Dans ma chambre, je cherche à vider mon esprit des fantômes nomades. Je vis le long des heures qui s’enfilent et s’entrechoquent ; comme des perles prêtes à se briser sur les dalles.
La machine à café est ma propriété privée. Personne ne l’utilise plus depuis janvier et quelques grains de poussières y logent encore. Depuis mon retour elle ronronne et vrombit, complice de mes coups de fatigue. Je sais que, bientôt, écoeurée du liquide doré, je courrai acheter des canettes de coca light qui me donneront de surcroît un petit air de princesse postmoderne.
Le soir, le silence s’abat de bonne heure sur la maison. Ma mère cache ses larmes et sa solitude dans son lit, mon frère abrutit ses quatorze ans devant la télévision, le chien se tasse dans son panier. Quant à moi, je m’essaie à l’étude, bataillant à réduire la pile de livres et à museler mes peurs.
par anaïs
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Ceux qui me connaissent un peu savent qu'il m'arrive de m'insurger vis-à-vis de mon pays.
J'y habite à nouveau depuis 24h.
Quelle ne fût pas ma surprise, ce matin, de découvrir dans toute la ville, de manière légale et acceptée, les nouvelles affiches du parti "d'extrême-droite" suisse (Christophe Blocher, c'est notre petit Jean-Marie Le Pen à nous!). Bien sûr, ils ont le droit d'afficher, comme tous les autres. Mais..... mais l'affiche en question m'a laissée sans voix, interdite, révoltée.

Voilà mon pays! Dites-le, montrez-le autour de vous! Nous sommes voisins... les évolutions se contaminent fréquemment les unes les autres.
Quant à moi.... eh bien je ne me sens décidemment pas l'âme hélvète.
par anaïs
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Les cartons ouverts, les livres dans la bibliothèque rouge et noir, celle de mon adolescence, choisie, à l'époque, dans l'euphorie chez Ikea. Des centaines de bibelots à la cave, pas la place, comment faire rentrer un appartement dans une simple chambre, impossible bien sûr.
La gorge nouée, les yeux dans la poussière, la sueur froide qui coule le long des regret et des combats à venir.
Les adieux dans la tête, tellement proches du coeur qui déborde. Pas envie d'en parler.
par anaïs
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Je pars. Voilà. La maison est calme et sombre. Je retiens mes larmes.
par anaïs
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