Qu'écrire si ce n'est pour pleurer? Il le faut pourtant. C'est vrai. Je ne sais pas où, dans quel recoin encore inexploré de mon corps et de ma tête je vais trouver la force de tenir debout, mais il faudra bien que je trouve.
Dans ma vie j'ai toujours exprimé, dit, pleuré, crié, ri aux éclats aussi. Cela m'a causé bien des déboires. Oui, ils m'ont joué bien des tours ce visage qui montre tout, cette bouche qui ne sait se taire sur les douleurs et les joies, ces yeux dans lequels il est si facile de lire.
J'ai voulu changer, tant de fois. Me forger ce masque inné pour certains. Savoir couler de la cire sur mes traits et devenir cette poupée qui dit oui ou non selon les circonstances. J'ai toujours admiré les personnes qui savaient "se tenir", garder la distance.
Aujourd'hui, au milieu de cette nuit si sombre, après tant d'efforts vains pour devenir toutes celles que je ne suis pas, je renonce.
Je ne sais pas ce que cela donnera. Je ne sais d'ailleurs pas grand chose en cet instant. Mais je ne peux me permettre de gaspiller le peu d'énérgie qui me reste dans de futiles jeux de miroirs.
Je vais essayer de tenir. Vivre, cela viendra plus tard. Bien assez tôt.
par anaïs
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J'ai envie d'être égoïste, de crier toute ma colère, je me sens tellement furieuse, triste à en crever. Marre de tout. Je ne me rappelle pas avoir jamais été si mal.
Nausée. Envie de me faire disparaître une bonne fois pour toute. Finir le travail entrepris. Puisque je suis déjà pourrie au dedans.
Mais je suis beaucoup trop lâche pour un tel acte, ironie du sort. Alors je me laisserai mourir à petit feu. En souriant à pleine dents. Oui, je ne montrerai plus jamais rien. J'écrirai ici. Cela me suffira.
Oui, cela suffira.
par anaïs
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Les journées s'enchaînent. De plus en plus dures, car nous savons maintenant qu'il faudra tenir sur la durée. Longtemps. Je cherche de tous côtés à quoi me raccrocher, mais je me sens si seule.
Et je suis terrorisée. Terrifiée. Car je sens que je suis forte maintenant mais qu'il y aura aussi un "après". Dans cet "après", je sens que la moindre brise pourra me mettre à terre. Or, ce ne sera pas de la brise, mais des bourrasques. Oh, je l'ai choisi. J'aurais aussi pu continuer à me mentir pendant des semaines, des mois, j'aurais pu faire semblant encore quelques temps, semblant de croire encore à un renouveau. Je n'aime pas mentir. Ni aux autres, ni à moi-même. Il fallait trancher, je l'ai fait. Pas d'une manière aussi nette que je l'aurais voulu, mais le premier pas est fait. Et il faut que j'apprenne à être patiente.
Mais cela va être si dure. De la patience oui, il en faudra, et apprendre à détourner les yeux, à boucher mes oreilles. Savoir que je vaux tout de même quelque chose.
Réapprendre doucement à chercher d'autres regards, d'autres sourires; me tourner vers le soleil, pas me replier sur moi-même.
Surtout éviter les images de mains qui se trouvent, de peaux qui s'embrasent, calfeutrer mon âme en vue des ces cauchemars qui ne vont pas manquer de m'assaillir. Ne pas penser aux mots qui peuvent s'échanger, aux promesses qui se feront, aux fantasmes qui se réaliseront. Ne rien imaginer de tout ce possible que je n'ai plus.
Et ne rien regretter. Non. Plutôt regarder loin devant.
par anaïs
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C'est tellement dur. Et il faut continuer à avancer. Et quelque part, très loin, la question qu'on ne doit pas poser... "pourquoi?". Pourquoi nous, pourquoi maintenant, pourquoi tant à la fois.
par anaïs
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Il faut tenir. Tenir pour lui, pour ma mère, pour mon frère. Penser à ce qu'il aurait fait lui, à l'optimisme et à l'espoir qu'il aurait gardé. C'est un battant, il aime trop la vie, les gens, les mots; il aime trop partager pour nous laisser seuls. Il va revenir.
Je me sens sonnée, complètement en décalage avec la réalité. Impression de réfléchir et de penser à vide. Le téléphone ne cesse de retentir. Il faut alors parler, donner des nouvelles, expliquer encore et encore les mêmes choses.
Même plus le temps d'avoir peur. Juste des sentiments de gouffre qui s'ouvre quand je tente de penser à l'avenir.
par anaïs
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