Dimanche 28 janvier 2007
Elle avait voulu l’appeler Vous, le suivre jusque dans des méandres inconnus, elle avait voulu lui dire tout de ce rouge sombre qui la hantait et de ses désirs de blessures jusqu’à l’âme. Elle avait cru, dans la naïveté propre au renouveau, qu’il serait le guide qu’elle avait tant attendu. D’un coup d’oeil serein, elle avait relégué aux oubliettes des interrogations qui lui étaient propres, et qui ne devraient jamais être mises entre parenthèses. Dans un élan enfantin, elle lui avait remis ses mains, ses poignets, ses chevilles aussi, ne redoutant pas les liens puisqu’ils étaient la preuve de son attachement; elle avait murmuré des envies et des doutes, exprimé des joies et des craintes, oubliant sans cesse que les larmes étouffent, même dans le plaisir.
Doucement, elle s’était approchée toujours plus de lui, ne voulant pas voir qu’un des deux suivait l’autre, au lieu de marcher côte à côte. Elle avait fait à pas de géants les chemins qu’il aurait fallu prendre à pas de loup; sans retenue; sans se méfier du temps et des rencontres et des fantômes qui assaillent et ne lâchent pas prise.
Aux confins de ses limites, il avait placé en elle des milliers de possible, faisant naître tant de choses qu’elle croyait avortées. Alors, elle avait pensé que tout leur appartiendrait, que les mots étaient leurs alliés et que, d’image en image, elle ferait siennes toutes les histoires qui l’habitaient. Sa liberté l’intriguait et la narguait, elle qui dépendait si viscéralement du regard des autres. Sous le sien, elle avait pensé pouvoir enfin vivre, sans le fardeau de l’opinion publique, sans ces questions incessantes et ces angoisses en bandoulière.
Pourquoi aurait-elle lu entre les lignes alors que ses yeux étaient bandés?
Elle avait voulu se donner, frôler toutes les morts pour renaître enfin forte, enfin femme. Elle avait vu la destination, voilé les itinéraires. Négligé la force des obsessions. Elle avait voulu une mue, oubliant que ce sont les chenilles, et non les caméléons, qui déploient un jour leurs ailes.
Elle s’était imaginée telle, ou telle, ou telle. Elle s’était pensée elle, celle qui le rendrait heureux.
Elle s’était prise pour une autre.
Doucement, elle s’était approchée toujours plus de lui, ne voulant pas voir qu’un des deux suivait l’autre, au lieu de marcher côte à côte. Elle avait fait à pas de géants les chemins qu’il aurait fallu prendre à pas de loup; sans retenue; sans se méfier du temps et des rencontres et des fantômes qui assaillent et ne lâchent pas prise.
Aux confins de ses limites, il avait placé en elle des milliers de possible, faisant naître tant de choses qu’elle croyait avortées. Alors, elle avait pensé que tout leur appartiendrait, que les mots étaient leurs alliés et que, d’image en image, elle ferait siennes toutes les histoires qui l’habitaient. Sa liberté l’intriguait et la narguait, elle qui dépendait si viscéralement du regard des autres. Sous le sien, elle avait pensé pouvoir enfin vivre, sans le fardeau de l’opinion publique, sans ces questions incessantes et ces angoisses en bandoulière.
Pourquoi aurait-elle lu entre les lignes alors que ses yeux étaient bandés?
Elle avait voulu se donner, frôler toutes les morts pour renaître enfin forte, enfin femme. Elle avait vu la destination, voilé les itinéraires. Négligé la force des obsessions. Elle avait voulu une mue, oubliant que ce sont les chenilles, et non les caméléons, qui déploient un jour leurs ailes.
Elle s’était imaginée telle, ou telle, ou telle. Elle s’était pensée elle, celle qui le rendrait heureux.
Elle s’était prise pour une autre.

