Dimanche 13 janvier 2008

Samedi, je pars deux mois à Londres. Pour le plaisir, et parce qu'il s'agit bien de changer d'air, vous pourrez suivre mon périple britannique ici! Ce journal de bord remplacera temporairement mon chez moi. Et plus si affinités...

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par anaïs publié dans : désir du jour
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Lundi 7 janvier 2008

La petite fille se regardait dans les miroirs et se disait qu’elle ferait de grandes choses. Elle prendrait des trains vers les froids et les fjords, des avions vers les rizières, les déserts, les forêts tropicales ; elle se disait qu’elle ferait du cheval, du chameau, de l’éléphant. Elle se disait, quand je serai grande je ferai de grandes choses. J’écrirai des livres pour que rien ne disparaisse et je soufflerai sur mes rêves comme sur des cerfs-volants géants. Elle pensait qu’elle ne vivrait pas comme tout le monde, qu’elle ne courberait pas la tête, que les étoiles ça se mérite et qu’il y avait sûrement des endroits où l’en entendait vraiment la mer dans les coquillages et que c’était ça, aussi, faire de grandes choses.

 

Elle pensait qu’il suffisait de parler, qu’il suffisait de vouloir. Elle croyait dur comme fer qu’il suffisait d’espérer un peu plus que toutes ces têtes grises et vides, ces visages en papier mâché.

 

Elle était petite mais elle ferait de grandes choses. Elle irait à la conquête du monde, celui-ci, et tous les autres qui se présentaient à elle.

 

Elle ne savait pas encore que si les petits souhaitent faire de grandes choses, les grands apprennent à se contenter des petites.

 

par anaïs publié dans : désir du jour
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Vendredi 4 janvier 2008

"Un visage d'une blancheur saisissante, des yeux de braise. June Mansfield, la femme de Henry. (...) Il y a des années, quand j'essayais de me représenter la vraie beauté, je voyais l'image d'une femme comme elle. Je m'étais même imaginé qu'elle serait juive. Je connaissais depuis longtemps la couleur de sa peau, son profil, ses dents.

Sa beauté m'a subjuguée. Assise en face d'elle, j'ai senti que je ferais n'importe quelle folie pour elle - tout ce qu'elle pourrait me demander. Henry perdait son éclat. Elle était couleur, rayonnement, étrangeté.

Seul la préoccupe le rôle qu'elle peut jouer dans la vie. J'en ai compris les raisons: sa beauté provoque les événements, crée des drames autour d'elle. Les idées comptent peu. J'ai vu en elle la caricature d'un presonnage de théâtre. Costume, attitude, conversation. C'est une merveilleuse actrice. Rien de plus. Je n'ai pas pu saisir son fond. Tout ce que Henry m'avait dit d'elle était vrai.

À la fin de la soirée, j'étais comme un homme, terriblement amoureuse de son visage et de son corps, si pleins de promesses, et je détestais le personnage que les autres avaient créé en elle. Les autres éprouvent des sentiments à cause d'elle; à cause d'elle, ils écrivent de la poésie; à cause d'elle, ils haïssent; d'autres, comme Henry, l'aiment malgré eux.

(...) Elle ne vit que des reflets d'elle-même dans les yeux des autres. Elle n'ose pas être elle-même. Il n'y a pas de June Mansfield. Elle le sait. Plus elle est aimée, plus elle le sait. Elle sait qu'elle est une très belle femme qui a joué son rôle hier soir en fonction de mon inexpérience, s'efforçant de ne pas profiter de son avance sur moi.

Un visage d'une blancheur saisissante disparaissant dans l'obscurité du jardin. Elle pose pour moi en s'éloignant. J'ai envie de sortir en courant pour embrasser sa fantastique beauté, pour l'embrasser et lui dire: "Vous portez en vous un reflet de moi-même, une partie de moi-même. Je vous ai rêvée, j'ai souhaité votre existence. Vous ferez toujours partie de ma vie. Si je vous aime, c'est parce que nous avons dû partager un cetain temps les mêmes fantasmes, la même folie, la même scène. La seule force qui vous permet de tenir debout, c'est votre amour pour Henry - c'est pour cela que vous l'aimez. Il vous fait du mal, mais il permet à votre corps et à votre âme d'être unis. Il fait de vous une entité. À coups de fouet, il vous donne une unité passagère. Moi, j'ai Hugo."

 

(Anaïs Nin, Henry et June. Les Cahiers secrets)

par anaïs publié dans : portrait of a lady
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