Jeudi 31 mai 2007

À  Aslé...

 

Dans les oreilles du Tchaïkovsky. Port de bras, demi-plié, relevé; grand plié et battements. À l’aune des silhouettes dans la glace, elle juge son corps. Trop d’arrondis dans les cuisses, une mollesse agaçante dans les bras. Elle aime sa nuque qui semble se briser à tout instant et le dos qui casse et cède sous l’entêtement de l’arabesque.

 

 

Elle entend son souffle jusqu’à la buée du miroir.

 

 

Le regard en armure, fixé loin devant, elle tente de décrisper sa main sur la barre. Il faudrait cesser les béquilles, trouver l’équilibre, oser un sans filet. Mais ses doigts s’accrochent. Rageuse alors, elle insiste sur l’en-dehors des cuisses, relève le coup de pied en pointe et grimace: l’orteil en sang à encore trinqué.

 

 

Mais la musique s’adoucit et elle épouse le tempo. Adagio des pensées en désordre. Le coton noir lui colle à la peau et dessine le futur de ses seins en devenir. Dans la douleur du corps qui se déplie elle se sent femme, déjà. Étoile à son envergure, peu de choses; à peine une bribe d’astre.

 

 

De la courbe du poignet elle traque le geste parfait et infime. Accrochée au face à face avec elle-même elle veut mettre ses membres échec et mat. Dompter. C’est à peine si elle entend la voix du professeur qui orage et tonne. Les éclairs d’orgueil dans sa tête sont bien plus effrayants.

 

 

Elle a les chevilles qui grelottent et la taille qui succombe. Mais la musique ordonne, intraitable, amie cruelle et amante exigeante.

 

 

Le cristal des notes caracole.

 

 

Et alors que son corps va la défier là où la douleur épouse la grâce, son sourire factice se fait papillon et s’envole, libre enfin. Bras en couronne et révérence, elle respire: un instant elle a touché le ciel.

 

 

par anaïs publié dans : désir du jour
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Lundi 28 mai 2007

J'ai très peu écrit ces dernies temps, trop occupée à essayer de travailler et et à ne pas trop me "concentrer" sur ma petite personne.

Pour me faire pardonner j'inaugure une nouvelle catégorie. "Portrait of a lady" sera faite de portraits, peintures et fragments de femmes, qu'elle soient nées sous la plume d'autres ou de la mienne.

Mosaïque de caractères en tous genre. Mais toujours esquissée au féminin.

Et pour commencer; un avant-goût:

„Alors quelle joie le jour de son arrivée. Elle apportait des gentils cadeaux pour chacun et, avec ses cheveux rouges, sa robe verte et ses yeux gris comme les nuages, on devinait tout de suite qu’elle était née dans un pays où toi, tu n’iras jamais. On l’avait installée dans la plus jolie chambre, et elle aurait pu y rester des années et des années, mais, un beau jour, plus de Cynthia. Elle avait filé sans rien dire. Comme une voleuse.“

(René Crevel, Babylone)

par anaïs publié dans : portrait of a lady
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Dimanche 27 mai 2007


Doucement, elle s’avance. Pas à pas, masquée à découvert.
Il jauge et fume et tend l’oreille.
Il sourit intérieurement de ses doutes de gamine en transfert.
Lentement, elle s’avance. Vacille et recule, vite, dans sa tanière.
Il regarde sa montre, pas qu’ça à faire!
Elle s’embrouille et bredouille et lâche un lapsus.
Pain béni pour l’homme à barbe.
De temps à autre, sa voix grave retenti.
Elle souffle, ouf!, un répit.
Ses yeux s’affolent de ne pas savoir où se poser.
Elle ose une plaisanterie, rire nerveux, ornements inutiles.

Ne t’en fais pas.
Ne t’enferre pas.

C’est son boulot.
par anaïs publié dans : désir du jour
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Lundi 21 mai 2007

Je t'ai croisée aujourd'hui. Tu ne m'as pas vue.

Tu avais l'air rieur, le teint hâlé, tes cheveux d'été.

J'ai repensé à cet autre été, à toi dans ta robe blanche et légère; et à tes yeux qui nous faisaient la cour.

J'ai eu envie de vomir.


par anaïs publié dans : échos du passé
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Lundi 21 mai 2007

La petite fille frissonne dans sa chair adulte. Cramoisie de désirs. Elle se souvient de la sueur qu’elle imprimait au lit, adolescente en devenir, en marge du cocon familial. Vêtue de rêves de princesse, elle faisait fuir Cendrillon. Dans sa tête, Roxane et Shéhérazade l’entraînaient loin des baisers chastes, à mille lieux des « et ils eurent beaucoup d’enfants ».

 

Elle ondulait sous les drapés et les satins, dans l’attente d’un improbable sultan.

 

Le cadre de son lit devenait prison, barreaux bienvenus, le bois ikéa faisait place à du sombre acajou. Ses mains qui ne connaissaient pas encore les liens s’arrimaient fort, faute de mieux. Et dans sa tête des mondes surgissaient, immenses, violents, coupables et torrides. Beaux comme une larme de plaisir.

 

Elle entendait battre à sa tempe les pas du bourreau sur les dalles. Elle l’imaginait ténébreux et d’une tendresse cruelle, à peine troublé par sa jolie captive.

 

par anaïs publié dans : Fictions en miroir
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