Mardi 30 octobre 2007

J’écris depuis la stérilité tiède d’une chambre d’hôpital. Patient x, opération de routine qui tombe à un moment exceptionnel, croche-pied dans la poisse, mais qu’importe: après quelques brumes et grisailles narcotiques, me revoilà sur pied. Un peu vacillante la fillette, un peu pâle, avec une transparence de plus qui brille sous la peau, mais les cils en bataillons de combat contre les larmes et la peur.

Échec à la reine. Mais c’était compter sans le cavalier toujours prêt à rebondir, et sans le fou qui grelotte dans ma tête.

À côté de moi, une vieille femme est en fin de partie. Les câbles qui la relient au jeu l’ornent comme des colliers fanés; du toc et du plastique pour faire semblant que cela vaut encore la peine. Elle déroule les jours et les nuits sans trop se plaindre, le ventre coupé en deux, répondant inlassablement aux questions des infirmières à la jeunesse indécente. Elle a la voix monotone de celle qui s’en va et lorsque nos yeux se croisent, je baisse les miens, consciente de l’image que je lui envoie en pleine face.

Quand elle ne somnole pas, elle regarde fixement par la fenêtre, la bouche pleine de borborygmes.

Et, toujours, je me demande si elle s’attarde sur les feuilles qui déshabillent lentement le grand chêne.

par anaïs publié dans : désir du jour
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Dimanche 21 octobre 2007

Résultats des éléctions suisses:

Le PS perd 9 sièges; l'UDC parti (d'extrême)droite en gagne 6. Le premier se retrouve donc ainsi avec 43 sièges au conseil National, le second avec 61 (!).

Malgré une jolie percée des Verts, nous savons ce qui nous attend... Décidemment, c'est une bien belle Europe géographique que nous sommes en train de construire.

 

par anaïs publié dans : désir du jour
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Vendredi 19 octobre 2007

 

Dès que j'aurai terminé cette course au diplôme, promis je reviens mettre un texte avec de vrais mots, je suis sur la dernière ligne droite.

En attendant, une fois n'est pas coutume, voici un "coup de gueule you tube". Cette à cause de clip comme celui-ci:

http://fr.youtube.com/watch?v=rex54EGM_3Q

qu'on se retrouve pris dans des situations qu'on croyait romantiques, décalées et qui, en fait, sont invivables.

À très bientôt. A.

 

par anaïs publié dans : désir du jour
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Dimanche 14 octobre 2007

those were the days my friend

we thought they'd never end

we'd sing and dance forever and a day

we'd live the life we choose

we'd find and never loose

for we were young and sure to have our way

(mary hopkins)

Quelques jours passés dans des lieux souvenirs. Oubliant parfois les échéances qui s’amoncellent dans les jours à venir, j’ai déambulé le long des pavés, claquant des talons pour rythmer les flashes qui défilaient en prêt-à-porter derrière l’écran de mon visage fatigué.

 

Sur mes oreilles, j’ai fixé des mélodies que j’aime pour barbouiller la réalité du monde. De rue en rue, j’ai ainsi ravalé mes peurs dans la douce rage du fado, calqué ma nostalgie sur le chuchotement suave de Keren Ann, osant parfois un tango argentin ou un chachacha aux saveurs cubaines. Envahie, ma tête s’emmêlait de ce qui avait été, de ce qui pourrait être et surtout de ce qui ne serait jamais. J’étais comme une adolescente devant la glace d’une cabine d’essayage, drapée dans la robe qu’elle sait ne pas pouvoir se payer. Juste goûter l’impossible un instant, dans l’éphémère de l’image.

 

Parcourant les chemins tant de fois empruntés, je me suis souvenu des espoirs fous et des rentrées à cinq heures du matin, l’alcool au bord des lèvres et les yeux perdus dans l’aube brouillardeuse de ma ville d’études. Bras dessus bras dessous et les mains pleines d’amitiés couleur étoile - c’était l’époque où je confondais candeur et optimisme – j’allais de fous rire en promesse de toujours et je prenais pour argent comptant les châteaux en Espagne des autres.

 

J’ai revu les discussions enflammées autour des bouteilles de vin rouge, les cigarettes par dizaine, les flirts appuyés avec le barman, amusé des stratagèmes d’étudiants, toujours les mêmes, pour accéder à une ultime tournée gratuite.

 

De ces nuits si insouciantes, ma tête ne me présentait que des aquarelles impressionnistes, tachetées de souvenirs s’envahissant les uns les autres, mais l’éclair de bonheur était là, intact, immaculé sous le joyeux imbroglio de la mémoire.

 

Je me suis rappelé la neige qui faisait briller la cathédrale, amortissant le bruit des bus que je ratais sans cesse, parfois par jeu, afin de pouvoir arriver les joues rouges et brillantes, les cheveux mariés aux flocons et un gobelet de café insipide et brûlant dans la salle de cours, juste à l’heure, un sourire au coin des yeux. Je garde aussi le souvenir des après-midi passées aux terrasses des cafés, sur les rives des rues piétonnes, un livre à la main, toujours, pour graver chaque instant à coup de mots, pour parler avec mon meilleur ami de tel auteur, de tel mouvement, de telle idée. Puis dévier, très vite, et parler de telle copine ou de telle passante, critiquer et rire et parler de la dernière soirée ou du dernier film ou du dernier amour.

 

Ces quatre années s’entrechoquaient dans mon crâne et je savais bien qu’un jour il faudrait que je m’en détache, que je continue autrement, pas moins bien, pas mieux, juste autrement, ailleurs, juste un peu plus grande.

 

Je savais tout ça mais j’avais la musique dans les oreilles et des ébauches de larmes dans l’angle mort de mon regard, alors j’ai respiré très fort et je me suis dit que demain était un autre jour et que les deuils ça prend du temps, même quand il s’agit d’idées et pas de gens et puis j’ai resserré ma veste rouge autour de mes épaules. Bientôt, il ferait peut-être assez froid pour neiger.

par anaïs publié dans : échos du passé
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Dimanche 7 octobre 2007

Pas le moral ce soir et les mots ne viennent ni beaux ni délicats. Ils tournoient et sifflent à mes oreilles des mélodies haineuse, crachent des notes qui racontent mon envie de baisser les bras, le soir, lorsque je ferme les yeux. Ferme la porte de ma chambre sur une journée de plus passée à la regarder souffrir, à observer en douce son visage se rider sous les assauts du corps. 

Toute la maison a revêtu le manteau clouté de la maladie.

Comment parler de ça. Je ne l’évoque jamais ici. Mais tout est saccagé. Ma mère que je connaissais vive, spontanée – soupe au lait – et pleine d’entrain, d’espoir, pleine de ce rire aux larmes qui lui vient de l’Italie, ma mère meurt doucement, ayant succombée à des angoisses et des rêves en miette et cette boule venu se loger au fond de son sein, un mois de juin. Depuis, de sombres maux ont élu domicile dans sa nuque, son dos, ses doigts qu’elle tient sans cesse recroquevillés, comme figés, dans l’attente d’un soulagement qui ne vient pas.

Et puis. Ce mois de janvier dernier, encore. Lui cette fois. Son cœur qui est revenu mais qui n’a plus eu la force d’emmener son cerveau avec lui. Les cliniques. Les médecins et les assurances. Les factures à payer et les thérapies par centaines. Les « vous pouvez être heureux qu’il soit en vie ».

(ah bon ? AH BON ??? mais qu’est-ce que vous en savez putain de blouse blanche les mots c’étaient sa vie -)

Lui qui m’a mis sur la voie des livres. Lui qui a lu tous mes travaux, il ne lira pas le dernier.

Il aurait été tellement fier.

J’écoute ma vie au stéthoscope. Je n’entends plus aucun de mes rêves. Parfois je revois la famille que nous avons été. Pas parfaite, pleine de rancoeurs inavouées, pleine de ces imperfections propres aux histoires familiales. Mais avec des rires, et des projets. Mais avec un avenir.

Je n’ai plus la force de faire celle qui tient bon. Celle qui sourit malgré tout. Celle qui insuffle encore de la vie avec sa bonne humeur.

J’ai envie de me réveiller.

par anaïs publié dans : désir du jour
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