
La petite fille se regardait dans les miroirs et se disait qu’elle ferait de grandes choses. Elle prendrait des trains vers les froids et les fjords, des avions vers les rizières, les déserts, les forêts tropicales ; elle se disait qu’elle ferait du cheval, du chameau, de l’éléphant. Elle se disait, quand je serai grande je ferai de grandes choses. J’écrirai des livres pour que rien ne disparaisse et je soufflerai sur mes rêves comme sur des cerfs-volants géants. Elle pensait qu’elle ne vivrait pas comme tout le monde, qu’elle ne courberait pas la tête, que les étoiles ça se mérite et qu’il y avait sûrement des endroits où l’en entendait vraiment la mer dans les coquillages et que c’était ça, aussi, faire de grandes choses.
Elle pensait qu’il suffisait de parler, qu’il suffisait de vouloir. Elle croyait dur comme fer qu’il suffisait d’espérer un peu plus que toutes ces têtes grises et vides, ces visages en papier mâché.
Elle était petite mais elle ferait de grandes choses. Elle irait à la conquête du monde, celui-ci, et tous les autres qui se présentaient à elle.
Elle ne savait pas encore que si les petits souhaitent faire de grandes choses, les grands apprennent à se contenter des petites.