Für Katrin,
Jukebox : Turn around, Bonnie Tyler.
Hier cette voix nette dans le combiné du téléphone, son rire clair au bout du fil. Dès années lumière que je ne l’ai vue, me semble-t-il. Et pourtant j’ai son visage niché au fond du ventre, comme une envie de bohème. Elle me dit « je n’ai jamais oublié ces mois de folie douce, d’inconscience, de laisser vivre au gré des jours ». À peine si j’ai besoin de lui répondre « moi non plus » tant ses souvenirs épousent les miens.
Notre « Summer of 69 » à nous : Bordeaux, octobre 2004 – février 2005. Un hiver d’ivresse et d’étoiles. Sur les photos nous avons des sourires dans les yeux et des shots de tequila dans les mains. Allez, encore un pour la route (elle sera si longue, ensuite, ma belle).
La première fois que je l’ai vue, je ne sais plus bien, je me souviens juste de ce café sordide de la grande place où nous n’avons plus jamais mis les pieds par la suite. Première sortie, rires hésitants, des espoirs d’aventure plein les prunelles. Ses cheveux tous blonds et ses yeux bleus, son dialecte tranché du grand nord, et son petit bonnet couleur crème, celui qui n’allait qu’à elle. Ce que nous avons commandé ? Du vin rouge probablement, nous étions à Bordeaux que diable !, il fallait bien. Par la suite plutôt du blanc, acheté en promo à Champion, ouvert dès 17h00 pour suivre le rythme anglais. Et puis les desperados, les vodka jelly, le champagne, les cafés pour tenir et le coca light pour la tête le lendemain matin, acheté au Proxi du coin de la rue. Puis, traverser en vitesse, en face il y avait la boulangerie et les croissant, et la pharmacie pour les nuits qui avaient fini trop tard, trop mal, trop dans la débauche.
(Tu te souviens, Süsse, notre dernière nuit, les cocktails et puis cette immense faim, à 02h00 du matin, lorsque nous nous sommes pris la vitre en pleine figure, trop soûles pour ouvrir la porte ?)
Les week-ends, c’était promenade sur la brocante, ou dégustation d’huîtres dans la lumière glacée des quais. C’était je te dis tout de ma vie, on se connaît à peine mais on a l’éternité devant nous pour se rattraper. C’était les livres qu’on lisait, les hommes qu’on aimait et ceux qu’on embrassait, juste comme ça, parce que la nuit est longue et les pistes de danse à perte de vue. C’était St.Émilion dans la grisaille pluvieuse et les macarons à la pelle, les cafés au lait dans l’affreuse cafeteria au lieu des cours, c’était les réveils sur le clic-clac pourri du salon, les séances dvd les après-midi de pluie. Et la nuit, toujours, qui tombait sur nos confidences.
(Tu ne m’as jamais jugée. Pourtant. Tu as été la première à savoir des choses. Celles qui n’avaient même pas encore commencées, qui pointaient à peine dans ma tête, celles qui m’ont explosées dans le ventre par la suite. Je ne te remercierai jamais assez des mots que tu as su trouver, instinctivement, cette dernière soirée devant nos alcools sucrés. C’était en février. Deux jours plus tard je faisais des signes de la main à une voiture qui démarrait, Cours de
la Marne. )
Bientôt trois ans. Et un manque d’elle, de ces journées, que je trimballe comme un talisman au fond de mes poches.