Jeudi 3 avril 2008

Depuis mardi, je retraverse la rivière de mon adolescence. Tous les matins, appuyée contre la vitre du bus, je retiens mon souffle lorsque je passe le pont, pas le même qu'autrefois, il est décalé vers la gauche, légèrement, mais la vue n'est guère différente. Le soleil levant brille sur les facades d'en face et l'eau miroite des souvenirs. Je me souviens des rires et des espoirs, des mots latins et grecs, appris à la va-vite dans le brouhaha du tramway, j'ai encore le goût des bonbons au coca-cola que j'avalais à longueur de journée, mon sac d'école sur une épaule et mes copines au creux du coeur.

Aujourd'hui je passe le pont seule. La ville est toujours aussi belle, calme, sereine comme la plupart des villes d'ici. Elle a perdu de son éclat magique, mais pas de son charme un peu désuet. C'est un joli morceaux d'enfance que j'ai en moi, même si je ne m'y sens plus aussi à l'aise. Même si je ne m'y sens plus chez moi.


par anaïs publié dans : échos du passé
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Dimanche 25 novembre 2007

Maurice Béjart, le grand poète de la danse, s'est éteint le 22 novembre à l'âge de 80 ans. Quelques jours avant sa mort, il dirigeait encore ses danseurs, à la barre et devant le miroir qui avaient été toute sa vie. Un grand magicien du geste s'en est allé. En espérant que, quelque part, il fait danser les étoiles...

par anaïs publié dans : échos du passé
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Samedi 3 novembre 2007

Für Katrin,

Jukebox : Turn around, Bonnie Tyler.

 

 

Hier cette voix nette dans le combiné du téléphone, son rire clair au bout du fil. Dès années lumière que je ne l’ai vue, me semble-t-il. Et pourtant j’ai son visage niché au fond du ventre, comme une envie de bohème. Elle me dit « je n’ai jamais oublié ces mois de folie douce, d’inconscience, de laisser vivre au gré des jours ». À peine si j’ai besoin de lui répondre « moi non plus » tant ses souvenirs épousent les miens.

 

Notre « Summer of 69 » à nous : Bordeaux, octobre 2004 – février 2005. Un hiver d’ivresse et d’étoiles. Sur les photos nous avons des sourires dans les yeux et des shots de tequila dans les mains. Allez, encore un pour la route (elle sera si longue, ensuite, ma belle).

 

La première fois que je l’ai vue, je ne sais plus bien, je me souviens juste de ce café sordide de la grande place où nous n’avons plus jamais mis les pieds par la suite. Première sortie, rires hésitants, des espoirs d’aventure plein les prunelles. Ses cheveux tous blonds et ses yeux bleus, son dialecte tranché du grand nord, et son petit bonnet couleur crème, celui qui n’allait qu’à elle. Ce que nous avons commandé ? Du vin rouge probablement, nous étions à Bordeaux que diable !, il fallait bien. Par la suite plutôt du blanc, acheté en promo à Champion, ouvert dès 17h00 pour suivre le rythme anglais. Et puis les desperados, les vodka jelly, le champagne, les cafés pour tenir et le coca light pour la tête le lendemain matin, acheté au Proxi du coin de la rue. Puis, traverser en vitesse, en face il y avait la boulangerie et les croissant, et la pharmacie pour les nuits qui avaient fini trop tard, trop mal, trop dans la débauche.

 

(Tu te souviens, Süsse, notre dernière nuit, les cocktails et puis cette immense faim, à 02h00 du matin, lorsque nous nous sommes pris la vitre en pleine figure, trop soûles pour ouvrir la porte ?)

 

Les week-ends, c’était promenade sur la brocante, ou dégustation d’huîtres dans la lumière glacée des quais. C’était je te dis tout de ma vie, on se connaît à peine mais on a l’éternité devant nous pour se rattraper. C’était les livres qu’on lisait, les hommes qu’on aimait et ceux qu’on embrassait, juste comme ça, parce que la nuit est longue et les pistes de danse à perte de vue. C’était St.Émilion dans la grisaille pluvieuse et les macarons à la pelle, les cafés au lait dans l’affreuse cafeteria au lieu des cours, c’était les réveils sur le clic-clac pourri du salon, les séances dvd les après-midi de pluie. Et la nuit, toujours, qui tombait sur nos confidences.

 

(Tu ne m’as jamais jugée. Pourtant. Tu as été la première à savoir des choses. Celles qui n’avaient même pas encore commencées, qui pointaient à peine dans ma tête, celles qui m’ont explosées dans le ventre par la suite. Je ne te remercierai jamais assez des mots que tu as su trouver, instinctivement, cette dernière soirée devant nos alcools sucrés. C’était en février. Deux jours plus tard je faisais des signes de la main à une voiture qui démarrait, Cours de la Marne. )

 

Bientôt trois ans. Et un manque d’elle, de ces journées, que je trimballe comme un talisman au fond de mes poches.

par anaïs publié dans : échos du passé
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Dimanche 14 octobre 2007

those were the days my friend

we thought they'd never end

we'd sing and dance forever and a day

we'd live the life we choose

we'd find and never loose

for we were young and sure to have our way

(mary hopkins)

Quelques jours passés dans des lieux souvenirs. Oubliant parfois les échéances qui s’amoncellent dans les jours à venir, j’ai déambulé le long des pavés, claquant des talons pour rythmer les flashes qui défilaient en prêt-à-porter derrière l’écran de mon visage fatigué.

 

Sur mes oreilles, j’ai fixé des mélodies que j’aime pour barbouiller la réalité du monde. De rue en rue, j’ai ainsi ravalé mes peurs dans la douce rage du fado, calqué ma nostalgie sur le chuchotement suave de Keren Ann, osant parfois un tango argentin ou un chachacha aux saveurs cubaines. Envahie, ma tête s’emmêlait de ce qui avait été, de ce qui pourrait être et surtout de ce qui ne serait jamais. J’étais comme une adolescente devant la glace d’une cabine d’essayage, drapée dans la robe qu’elle sait ne pas pouvoir se payer. Juste goûter l’impossible un instant, dans l’éphémère de l’image.

 

Parcourant les chemins tant de fois empruntés, je me suis souvenu des espoirs fous et des rentrées à cinq heures du matin, l’alcool au bord des lèvres et les yeux perdus dans l’aube brouillardeuse de ma ville d’études. Bras dessus bras dessous et les mains pleines d’amitiés couleur étoile - c’était l’époque où je confondais candeur et optimisme – j’allais de fous rire en promesse de toujours et je prenais pour argent comptant les châteaux en Espagne des autres.

 

J’ai revu les discussions enflammées autour des bouteilles de vin rouge, les cigarettes par dizaine, les flirts appuyés avec le barman, amusé des stratagèmes d’étudiants, toujours les mêmes, pour accéder à une ultime tournée gratuite.

 

De ces nuits si insouciantes, ma tête ne me présentait que des aquarelles impressionnistes, tachetées de souvenirs s’envahissant les uns les autres, mais l’éclair de bonheur était là, intact, immaculé sous le joyeux imbroglio de la mémoire.

 

Je me suis rappelé la neige qui faisait briller la cathédrale, amortissant le bruit des bus que je ratais sans cesse, parfois par jeu, afin de pouvoir arriver les joues rouges et brillantes, les cheveux mariés aux flocons et un gobelet de café insipide et brûlant dans la salle de cours, juste à l’heure, un sourire au coin des yeux. Je garde aussi le souvenir des après-midi passées aux terrasses des cafés, sur les rives des rues piétonnes, un livre à la main, toujours, pour graver chaque instant à coup de mots, pour parler avec mon meilleur ami de tel auteur, de tel mouvement, de telle idée. Puis dévier, très vite, et parler de telle copine ou de telle passante, critiquer et rire et parler de la dernière soirée ou du dernier film ou du dernier amour.

 

Ces quatre années s’entrechoquaient dans mon crâne et je savais bien qu’un jour il faudrait que je m’en détache, que je continue autrement, pas moins bien, pas mieux, juste autrement, ailleurs, juste un peu plus grande.

 

Je savais tout ça mais j’avais la musique dans les oreilles et des ébauches de larmes dans l’angle mort de mon regard, alors j’ai respiré très fort et je me suis dit que demain était un autre jour et que les deuils ça prend du temps, même quand il s’agit d’idées et pas de gens et puis j’ai resserré ma veste rouge autour de mes épaules. Bientôt, il ferait peut-être assez froid pour neiger.

par anaïs publié dans : échos du passé
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Mardi 21 août 2007

Parce qu’on a tous une foutue madeleine coincée au fond de la gorge et que, parfois, les goûts et les odeurs remontent en vrac, à la surface du souvenir. Celui qui effleure la peau à vif. Je dévide ici comme un malaise olfactif, pour oublier ce qui revient.
Comme hier, lorsque, dans un geste machinal, j’ai enveloppé mon corps d’un savon acheté au coeur des déboires de janvier. „Gommage Caresse“ de Lancôme, excusez du peu! : dans une ultime tentative d’érotisation de mon corps, entre la nouvelle coupe de cheveux et les kilos en moins, j’avais acquis le flacon conique et tout en saumon rosé.
Je ne l’avais plus utilisé jusqu’à hier. Choc de milles images, les yeux fermés sous le jet de la douche.
Ma peau, ensuite, fleurait le haut-le-coeur.

par anaïs publié dans : échos du passé
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