Ce soir théâtre et scène. J’ai regardé sans le voir je crois, comme souvent j’imagine. Un regard neuf, toujours
vierge d’images mentales sur la rétine, c’est cela en fait, qu’il faudrait. Dans les rires de l’homme j’ai vu ses rires, dans la danse endiablée j’ai vu ses mouvement de commedia dell’arte, si
présent dans la représentation de mon souvenir. J’ai vu le personnage mais ressenti l’acteur, comblé les lacunes avec un savoir qui m’est propre. Je dis : j’ai déjà vu tout ça en lui, il
faudrait aller le chercher. Je dis : ailleurs, tu vois, l’emmener plus loin.
Est-ce cela pourtant, ou plutôt moi qui façonne, fouillant les vieilleries de ce que je connais
déjà ?
Un regard neuf, une prunelle tout en candeur, j’aimerais bien je crois, ça ferait un coup de balai, place nette et
table rase, tous les proverbes à l’appui.
En marchant sur l’asphalte mouillé de la ville endormie, je repense à l’incompréhension, aux langages épuisés et
je me demande s’il y a encore des mots au-delà des regards.
Ça tourne en rond entre mes deux hémisphères. Trouver une nouvelle manière, un autre chemin, la même langue mais
un autre dialecte. Comment dire quand tout a déjà été dit, même la question est banale. « Un coup de dés jamais… » non, trop simple. Il faut chercher plus loin que les bouées
littéraires. Non, moins loin en fait, plus proche de ce qui se passe à l’aube, collé à l’instant du réveil, ce flottement, cet espace qui relève du
rêve et de la réalité du jour, l’entre-deux, c’est là que cela se joue, c’est endroit incertain, bancal, pas calibré. Le lieu d’où tout est possible même si rien n’arrive,
finalement.
Oui, c’est là qu’il faudrait commencer, à l’orée du sablier. Il faudrait conjurer la lumière et l’odeur de l’âme
qui secoue le sommeil, rassembler musique et mots, forme et couleur, oser dire au lieu d’expliquer.
Avec le silence comme alphabète, le souffle deviendrait syntaxe et les battements de cil mettraient des points aux
moments qui se brisent.