Au seuil de l'ombre... parfois je ne m'y attends pas et il dit des choses, des choses comme "il y a du sang italien du côté de ma mère" et je me rends compte qu'il reste mille mots, mille images à découvrir, que je ne connais pas de lui, et ça me rend jouyeuse et légère, parce que nous nous découvrons autant que nous nous rappelons l'un à l'autre...
Je n’écris plus, je n’ai plus écrit, j’écrirai pourtant, même si les mots se dérobent et s’effilochent de mes mains comme un savon trop glissant. Les ricochets dans ma tête sont lourds de vie, ils coulent tout de suite au fin fond du souvenir sans me laisser le temps d’en copier leur trace, là, à mi-caresse entre eau et vent.
J’écrivais à un ami que ces heures d’été avaient le goût simple et direct des quotidiens retrouvés, des habitudes nouvelles mais dont on sait qu’elles ont toujours un peu été là, à attendre qu’on les réveille, qu’on les incarne, qu’on les choisisse enfin dans le tas de toutes celles qui pourraient être.
Les envies d’aujourd’hui, de demain et d’ailleurs nous lient et nous habillent les rêves, colorent nos phrases échangées. J’ai retrouvé sa main sur ma jambe le long des autoroutes, elle me dit je tiens le cap, regardes, y a tout ça qui reste, tout ça pour nous, et cette place qu’on appelle du passager est tout sauf éphémère.
Alors je souris, je ferme les yeux dans les ombres des poids lourds et de ceux qui vrombissent, parfois encore, au coin de ma mémoire.
Et je me laisse guider, une carte mentale sur les reliefs du cœur.