Les habitudes qui ne se perdent pas, elles sont là, juste un peu en décalage de ce que j'étais dans mes ailleurs.
Lorsque les journées se font trop courtes, les bordures de la nuit trop peuplées de gens connus qui défilent dans le chaos de ma tête, je règle la sonnerie du réveil sur ces heures qui peuvent
n'appartenir qu'à moi. Et cette vieille vue que j'aimais déjà dans mon adolescence, identique dans tous les lieux, celle de la nuit qui blêmit sous l'arrivée du jour, les noirs qui deviennent
bleus, les fenêtres qui s'allument, les stores qui se lèvent. Et moi je suis là et y a que ces moments qui m'appaisent après les combats nocturnes.
L'aube seulement me fait supporter le silence.
Les brouillons de mots se bousculent dans mon chantier mental, comme s'il me manquait le permis de construire. J'ai juste ces bribes et ces labyrinthes qui s'assemblent en puzzle un peu étrange.
Des voix, des visages, des sensations qui ne seraient pas uniquement les miennes, c'est nouveaux, y des personnages qui remuent en moi. Ils me parlent tous de voyages avec les nuits en baluchon,
d'alcools et de cartes postales qu'on écrit pour ne pas perdre le fil; ils m'ébauchent des monologues déclamés à la solitude, des pas qui claudiquent, des horloges en sablier du temps qui nous
reste, de l'océan, des falaises et de leur affrontement quand le vent les jettent l'un contre l'autre.
Il y a ces mots, il y a ma peur toujours en compagne, elle me manquerait presque si elle s'éloignait un jour, et il y a la route qui m'appelle et le travail qui me fait
l'ignorer.
