Lundi 14 avril 2008

Alors hier en lisant des mots autres que les miens, et portés par eux dans des endroits doux et apaisants, j’ai entrevu la possibilité de me sortir de moi en plongeant loin, là-bas dans leur pays des merveilles.

Il y a dans leurs échanges tout ce qu’elles y mettent et tout ce que j’y plante chaque fois que je m’immerge dans ses phrases qu’elles se lancent comme autant de phares et de refuges, des invitations au voyage dans les airs. Mais avec le filet de leur amitié, de leur amour. Et je flâne quelque temps dans leur désir de vie et de rire, de larmes et de tout ce qui fait que le matin est promesse et non répétition.

C’est émouvant et grand ce dialogue qui se noue entre leurs bras et qui noue ma gorge de souvenirs. Des souvenirs qui m’appartiennent mais que je plaque sur elles parce que c’est un peu ma névrose de l’identification qui s’amuse à me planter devant des miroirs qui ne sont que des fenêtres ouvertes sur d’autres vies.

J’espère qu’elles me pardonneront de faire des mots des mondes, des igloos des promesses de glaces et des grues des montés vers l’impossible. Et si cette note est brouillonne et vacillante c’est parce que j’aurais voulu leur dire que j’aime le secret qui les crée mais que je ne sais pas faire dans la simplicité.

Depuis plusieurs semaines que je les lis j’admire le souffle si doux des phrases qui se font l’amour. Comme deux paragraphes qui se seraient appuyés l’un sur l’autre dans le néant blanc des pages vides. Je les lis et j’aime, comme l’été pour la lumière de ses aubes, ou l’automne pour celle de ses crépuscules, comme la vérité pour la douleur qu’elle provoque ou les rides autour d’une bouche pour la trace des sourires. J’aime. Parce l’espace qu’elles laissent exister entre leurs vies est celui de la liberté. De la confiance. De la curiosité et de l’acceptation que l’Autre est autre.

Je crois que j’aime parce que ça devrait être ça. L’amour de la femme, des femmes, l’amour entre femmes et pour les femmes et contre les femmes, aussi, parfois. Peu importe comment, peu importe qui et où et quelles implications on y met : ça devrait être comme ça, avec ce sourire calme et fou, ce cri intense qui résonne comme le léger murmure d’un « tu peux compter sur moi ».

Et tout cela aussi parce qu’on devrait tous avoir une image en reflet qui nous dit « viens, allons au delà du soleil ».


par anaïs publié dans : portrait of a lady
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Vendredi 4 janvier 2008

"Un visage d'une blancheur saisissante, des yeux de braise. June Mansfield, la femme de Henry. (...) Il y a des années, quand j'essayais de me représenter la vraie beauté, je voyais l'image d'une femme comme elle. Je m'étais même imaginé qu'elle serait juive. Je connaissais depuis longtemps la couleur de sa peau, son profil, ses dents.

Sa beauté m'a subjuguée. Assise en face d'elle, j'ai senti que je ferais n'importe quelle folie pour elle - tout ce qu'elle pourrait me demander. Henry perdait son éclat. Elle était couleur, rayonnement, étrangeté.

Seul la préoccupe le rôle qu'elle peut jouer dans la vie. J'en ai compris les raisons: sa beauté provoque les événements, crée des drames autour d'elle. Les idées comptent peu. J'ai vu en elle la caricature d'un presonnage de théâtre. Costume, attitude, conversation. C'est une merveilleuse actrice. Rien de plus. Je n'ai pas pu saisir son fond. Tout ce que Henry m'avait dit d'elle était vrai.

À la fin de la soirée, j'étais comme un homme, terriblement amoureuse de son visage et de son corps, si pleins de promesses, et je détestais le personnage que les autres avaient créé en elle. Les autres éprouvent des sentiments à cause d'elle; à cause d'elle, ils écrivent de la poésie; à cause d'elle, ils haïssent; d'autres, comme Henry, l'aiment malgré eux.

(...) Elle ne vit que des reflets d'elle-même dans les yeux des autres. Elle n'ose pas être elle-même. Il n'y a pas de June Mansfield. Elle le sait. Plus elle est aimée, plus elle le sait. Elle sait qu'elle est une très belle femme qui a joué son rôle hier soir en fonction de mon inexpérience, s'efforçant de ne pas profiter de son avance sur moi.

Un visage d'une blancheur saisissante disparaissant dans l'obscurité du jardin. Elle pose pour moi en s'éloignant. J'ai envie de sortir en courant pour embrasser sa fantastique beauté, pour l'embrasser et lui dire: "Vous portez en vous un reflet de moi-même, une partie de moi-même. Je vous ai rêvée, j'ai souhaité votre existence. Vous ferez toujours partie de ma vie. Si je vous aime, c'est parce que nous avons dû partager un cetain temps les mêmes fantasmes, la même folie, la même scène. La seule force qui vous permet de tenir debout, c'est votre amour pour Henry - c'est pour cela que vous l'aimez. Il vous fait du mal, mais il permet à votre corps et à votre âme d'être unis. Il fait de vous une entité. À coups de fouet, il vous donne une unité passagère. Moi, j'ai Hugo."

 

(Anaïs Nin, Henry et June. Les Cahiers secrets)

par anaïs publié dans : portrait of a lady
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Mardi 6 novembre 2007

Pour le plaisir de l'imaginaire. La publicité Hermès pour le parfum Kelly Calèche. Juste pour la séduction des yeux et parce que je suis passée devant l'autre jour, une étincelle dans la tête.

par anaïs publié dans : portrait of a lady
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Lundi 11 juin 2007

"Vellini était petite et maigre. Sa peau, qui manquait ordinairement de transparence, était d’un ton presque aussi foncé que le vin extrait du raisin brûlé de son pays. [...] Sa tête, trop penchée sur son cou flexible et qui semblait emporter le poids de son corps, lui donnait quelque chose d’oblique et de torve. Elle se repliait sur elle-même avec une espèce de pudeur farouche, défiante et orgueilleuse, et qui jetait des redoublements d’ombre sur sa laideur. Telle elle apparaissait... mais, disons tout: pour peu qu’une passion ou un caprice la fît sauter debout; pour peu qu’un invisible coup de trompette, un accent réveillé des sentiments engourdis, lançât le frisson dans sa maigreur nerveuse et l’arrachât au sommeil de sa pensée... elle n’était pas belle, non, jamais! Mais elle était vivante, et la vie, chez elle, valait la beauté dans les autres! L’Expression – ce dieu caché au fond de nos âmes – la créait par une foudroyante métamorphose. Alors, ce front envahi par une chevelure mal plantée, ce front d’esclave, étroit, entêté, ténébreux, grossissait, grandissait et commandait au visage. Ce nez, commencé par un peintre Kalmouk, finissait en narines entr’ouvertes, fines, palpitantes, comme le ciseau grec en eût prêté à la statue du Désir. Les coins de la bouche allaient mourir dans des fossettes voluptueuses. Les yeux, emplis par des prunelles d’une largeur extraordinaire, noirs, durs, faux, espionnants, tisons ardents d’un vrai brasero sans flammes, s’avivaient d’une clarté qui brûlait le jour. C'étaient des yeux infernaux ou célestes, car l'homme n'a guères que ces mots-là qui cachent l'Infini, pour en exprimer la puissance. [...] Ah! Dans ces moments-là, quelle revanche la senora prenait sur les femmes toujours belles!"

(Barbey d'Aurevilly, Une vieille maîtresse)
par anaïs publié dans : portrait of a lady
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Lundi 28 mai 2007

J'ai très peu écrit ces dernies temps, trop occupée à essayer de travailler et et à ne pas trop me "concentrer" sur ma petite personne.

Pour me faire pardonner j'inaugure une nouvelle catégorie. "Portrait of a lady" sera faite de portraits, peintures et fragments de femmes, qu'elle soient nées sous la plume d'autres ou de la mienne.

Mosaïque de caractères en tous genre. Mais toujours esquissée au féminin.

Et pour commencer; un avant-goût:

„Alors quelle joie le jour de son arrivée. Elle apportait des gentils cadeaux pour chacun et, avec ses cheveux rouges, sa robe verte et ses yeux gris comme les nuages, on devinait tout de suite qu’elle était née dans un pays où toi, tu n’iras jamais. On l’avait installée dans la plus jolie chambre, et elle aurait pu y rester des années et des années, mais, un beau jour, plus de Cynthia. Elle avait filé sans rien dire. Comme une voleuse.“

(René Crevel, Babylone)

par anaïs publié dans : portrait of a lady
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