Angle et terre (1)

Publié le par anaïs

Elle avait marché le long du cours stagnant de la rivière, les pas écorchés d’un peu trop de fatigue accumulée. Le soleil s’élevait à peine au dessus du sol. Ça et là, des fougères vaguement laides et quelques pierres sans but, murées dans leur silence. Elle aimait venir traîner du côté de la vieille usine, le calme y était brutal de toute l’effervescence perdue du lieu. On entendait résonner, dans le souvenir des choses, l’ancien martèlement des machines, régulier comme un métronome. Des voix, de la sueur et des rêves gangrenés d’amiante. Elle pensait à tous ça sans y prêter véritablement attention alors qu’apparaissait sur sa droite le bâtiment en question. La brique rouge criait de l’autre côté du pont et elle s’imagina la face nord, encore plongé dans la pénombre blanche et humide du petit jour. Elle connaissait par cœur les grandes dalles fendues et la statue dont le socle perdait peu à peu du terrain au profit des herbes folles. Enfant, elle y passait des heures, s’abîmant les genoux à sauter et courir, à jouer à des jeux qui ne sont pas faits pour la solitude. Alors elle s’inventait des lumières et des trains, déjà, qui partaient et l’emmenaient voir ces amis qu’elle n’avait pas.

 

Et les étés ne passaient pas, inébranlables et sans pitié. Ils la laissaient sans voix de tout ce vide à remplir.

 

Cela avait été une ville riche autrefois, ne cessait-on de lui dire, riche de quoi elle l’ignorait, mais cela l’intriguait assez pour lui faire regretter ces temps qu’elle n’avait jamais connus. Aujourd’hui, comme dans son enfance, il ne restait plus qu’une église aux accents gothiques, un port fluvial déserté des bateaux, les serpentins du canal et d’innombrables maisonnettes de pierres grises où résonnaient parfois des rires ou des cris. La vie était restée. On ne savait juste pas bien où elle allait.




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Publié dans fictions en miroir

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G
Déjà les trains... Un billet limpide et solaire.Amitiés,Gilles
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S
Je suis content de vous lire.Ce texte est, comme beaucoup d'autres par vous écrits, finement ciselé.Et il me vient à l'esprit que votre "retour" à l'écriture a sans doute aussi partie liée à la carte du coeur désormais dépliée pour aller toujours plus loin, sur la route.Je vous embrasse,Votre SirCrimson
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