À un père

Publié le par anaïs



Pendant un an, écoulé maintenant, pendant les mois où elle l’avait accompagné sur sa route, elle l’avait vu avec lui. Elle avait souri, émue, elle avait grincé des dents, parfois, elle avait partagé leur quotidien, leurs disputes, leur élans l’un vers l’autre. Ce petit homme et celui qu’elle avait appelé le sien.


Elle l’avait observé tenter des approches, différentes, toujours à renouveler, toujours à confirmer. Baisser les bras sous les doutes et la pression de bien faire, de faire juste, de réparer un peu des dommages causés; baisser les bras puis les relever aussitôt, sans se résigner, en employant encore d’autres mots pour se frayer un chemin vers lui, enfin. Elle les avait vus rire ensemble, se ressembler à travers toutes leurs différences. Leurs déchirements avaient été les siens, un peu, aussi.


Alors ce soir, avec cette nouvelle qui tombait, et ce dernier retrait, si violent, qu’elle ne pouvait que deviner, mais qu’elle entendait pourtant à travers la retenue blanche de sa déception et ses mots qui claquaient, ce soir, elle aurait voulu lui dire des choses. En avait-elle encore le droit? Elle ne pouvait que l’espérer et glisser discrètement des phrases là où elle aurait voulu prodiguer des caresses.


Les mots peuvent peu, les actions tellement plus. Elle le savait. Elle l’avait compris. Mais seuls les mots, aujourd’hui, étaient à sa portée.


Alors elle voulait lui dire qu’il n’avait pas échoué. Qu’il avait fait et donné et essayé. Que les choix effectués n’avaient pas été vains, que si regrets il devait y avoir ce ne serait pas des remords. Elle voulait lui dire que les actes posés auraient de la portée, peut-être plus tard, mais que ce qu’il avait donné, un jour, arriverait à son destinataire. Que dans la petite tête de cet être en devenir il y avait sûrement de la colère, de l’ignorance, de l’ingratitude, mais que, grâce à lui, il n’y aurait jamais cette absence de pilier, jamais cette case vide impossible à combler, que ses souvenirs seraient doubles et non bancals, qu’il serait un homme parce qu’il en avait vu un, devant lui, avec ses erreurs, ses doutes, ses faux pas et ses errances, mais un homme, intègre et droit, généreux et fort, un homme libre, sachant faire des choix et des sacrifices, un homme fait de chair et de désirs, pas d’opinions toutes faites et à l’emporte-pièce.


Elle voulait aussi lui dire qu’elle comprenait sa rage face aux efforts non récompensés. Et qu’elle n’essayait pas de consoler. Juste de dire qu’elle était désolée. Qu’elle avait vu, elle, tout ce qu’il avait transmis. Et qu’elle avait dans la tête des souhaits inaudibles mais sincères pour qu’un jour, ce petit d’homme désorienté, voie, lui aussi.


Et que, si d’ici là la colère et la tristesse ne s’effaçaient pas, tout du moins pouvait-il s’endormir avec cette certitude: il avait fait ce qu’il avait pu. Il l’avait bien fait. Et avec amour.

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P
Ce qui me semblait profondément injuste ne l'était pas. Cela n'était pas ou, oserais-je dire, cela n'était que dans le tréfonds.  Tant d’images violentes jalonnaient mon existence comme d'innombrables taches et se répandaient au  creux de mon être m'empêchant de respirer. Je ne respirais plus. Fallait-il qu'à la surface d'un présent souple et tendre viennent s'étaler ces scènes d'un autre temps. Lorsque je pleurais, c'est l'enfant qui gémissait. Je vivais ma déconstruction, sans cesse, interminablement j'étais le témoin de ma propre déchéance. Elle s'enracinait monstrueuse, insalubre sans que j'en maîtrise les soubresauts - soubresauts d'autant plus insupportables qu'ils surgissaient comme les images auxquelles il faisait référence. Oui, mes rêves s'étalaient ainsi, dans leurs versions chaque fois similaires: un père plantait dans le dos de son fils la lame acérée de son héritage qu'il avait lui-même extrait de sa chair meurtrie. Fallait-il que je subisse aujourd'hui les affres d'une lignée maudite et déterminée à enfanter au bout de la chaîne le plus fragile des monstres. Désormais, il s'agissait d'y réfléchir et j'y réfléchissais depuis que, père à mon tour, j'avais hérité du glaive.Bonsoir Anaïs, très heureux de faire votre connaissance.
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K
les relations parents/enfants ne sont jamais facile mais tout finis souvent par rentré dans l'ordre, surtout si au fond on y croit, on en est fier et que c'est juste une question de non dits. :)
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