Alors voilà.
Alors voilà, je suis là. J’ai monté les cartons, et les caisses, et les choses pas bien emballées qui tenaient plus mal que bien dans des sacs en papier épars. J’ai pris possession des velux dans la cuisine et dans la salle de bain et je me sens comme une rescapée dans une grotte pleine de lumière. Le matin cela me procure une sensation étrange, cette clarté qui tombe dans le miroir depuis le plafond. Et je me dis que j’ai mes échappées de ciel à moi. Comme un regard de plus vers le monde. Dans la chambre au parquet patiné, y a encore plein de livres en vrac et de souvenirs pas rangés. La lampe orange a trouvé sa place comme par automatisme, sur la bibliothèque à l’angle de la voûte qui surplombe le lit. Au crépuscule, elle prend le relais du soleil rougeoyant, une fois qu’il a disparu derrière les toits.
Comme c’est étrange cette sensation. Chez moi, vraiment. Avec mes meubles, ma commode au bois sombre, mon bureau qui craque et grince de vie déjà vécue, chez moi avec les tableaux qui traînent en attendant d’orner les murs, les livres partout sur les étagères, à côté du lit, parterre dans les coins et les plus jolis qui pavanent sur les rebords de la fenêtre et me parlent de ceux qui me les ont offerts. Chez moi, dans cette ville que je connais si mal, avec ses ruelles étroites et ses pavés à perte de vue comme si le Moyen-Âge c’était hier, et la rivière qui serpente au travers, là-bas en bas, à la base de la cité.
J’ai mis des bougies pour l’odeur et pour les ombres qui se pourchassent sur les murs encore trop blancs. Ça sent la cannelle, chez moi, et parfois le thé aux fruits rouges. Le café je préfère le prendre dans ce lieu juste avant le pont, baroque et feutré, où ils servent le lait à part, le tout sur un petit plateau en fausse argenterie. Les serveuses glissent sur le moelleux des tapis et l’on n’entend rien, pas même le temps qui passe. Alors c’est drôle, dans ce décor de théâtre je me sens à l’abri des interrogations qui blessent, comme devenue moi-même personnage de cette vaste scène bourgeoise et opaque de certitudes. Je déguste mon café, doucement, et je sais que bientôt je vais secouer ces coulisses pour sortir dans la brume de la ville, celle qui accompagne l’aurore. Mais pour l’instant, je suis là, et ma seule réalité est la mousse blanche dans laquelle je fais tourner l’éclat de la cuillère.
Comme c’est étrange cette sensation. Chez moi, vraiment. Avec mes meubles, ma commode au bois sombre, mon bureau qui craque et grince de vie déjà vécue, chez moi avec les tableaux qui traînent en attendant d’orner les murs, les livres partout sur les étagères, à côté du lit, parterre dans les coins et les plus jolis qui pavanent sur les rebords de la fenêtre et me parlent de ceux qui me les ont offerts. Chez moi, dans cette ville que je connais si mal, avec ses ruelles étroites et ses pavés à perte de vue comme si le Moyen-Âge c’était hier, et la rivière qui serpente au travers, là-bas en bas, à la base de la cité.
J’ai mis des bougies pour l’odeur et pour les ombres qui se pourchassent sur les murs encore trop blancs. Ça sent la cannelle, chez moi, et parfois le thé aux fruits rouges. Le café je préfère le prendre dans ce lieu juste avant le pont, baroque et feutré, où ils servent le lait à part, le tout sur un petit plateau en fausse argenterie. Les serveuses glissent sur le moelleux des tapis et l’on n’entend rien, pas même le temps qui passe. Alors c’est drôle, dans ce décor de théâtre je me sens à l’abri des interrogations qui blessent, comme devenue moi-même personnage de cette vaste scène bourgeoise et opaque de certitudes. Je déguste mon café, doucement, et je sais que bientôt je vais secouer ces coulisses pour sortir dans la brume de la ville, celle qui accompagne l’aurore. Mais pour l’instant, je suis là, et ma seule réalité est la mousse blanche dans laquelle je fais tourner l’éclat de la cuillère.
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