Mots d'Alessandro Baricco

Publié le par anaïs

« On croyait qu’elle allait grandir et que ça lui passerait. Et en attendant, on déroulait des tapis dans tout le palais parce que ses propres pas, bien sûr, l’effrayaient, des tapis blancs, partout, une couleur qui ne fasse pas de mal, des pas sans bruits et des couleurs aveugles. Dans le parc, les sentiers étaient circulaires, à la seule et audacieuse exception de deux ou trois allées qui serpentaient en dessinant des boucles douces et régulières – psaumes – et c’est plus raisonnable, il suffit en effet d’un peu de sensibilité pour comprendre que tout angle mort est un guet-apens possible, et deux routes qui se croisent une violence géométrique et parfaite, capable d’effrayer quiconque serait sérieusement doté d’une vraie sensibilité, et à plus forte raison elle, qui à proprement parler ne possédait pas un tempérament sensible mais était possédée, pour employer un terme exact, par une sensibilité d’âme incontrôlable, explosée à tout jamais en un quelconque moment de sa vie secrète – une vie de rien, elle était si jeune - puis remonté au cœur par des voies invisibles et dans les yeux et dans les mains et partout, comme une maladie, mais ça n’était pas une maladie, c’était quelque chose de moins, s’il y avait un nom pour ça il serait très léger, le temps de le dire et il a disparu. »

(Alessandro Baricco, Océan mer)

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Publié dans arts & more

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