Mots de Camille Laurens

Publié le par anaïs

 

Avant de l'écouter, un mot sur Camille Laurens: Lisez-là! Tout ce qu'elle écrit est magnifique, lumineux, juste, au point que ça en coupe le souffle et qu'on veut cesser de lire sur le champ, ne plus jamais s'aventurer à apprendre des choses sur nous, ces passions un peu médiocres qu'elle décortique, ces vrais sentiments, toujours voués à l'échec, ces rêves qu'on affirme ne pas avoir et qui hurlent la nuit.

Camille Laurens sait.

 

 

"L'ombre -  Quelquefois, apercevant sur un chantier un ouvrier torse nu, en sueur, l'avant-bras qui essuie le front, le jean serré autour des hanches, des cuisses,

Quelquefois, croisant sur la route de belles limousines brillantes pilotées par des hommes énérgiques à qui les lunettes noires font une sorte de masque,

Quelquefois, découvrant à l'écran les épaules ou les yeux d'un acteur que le plan rapproché donne l'illusion de pouvoir embrasser,

Quelquefois, lisant un livre, haletant sous les ardents baisers de celui qui cherche sa bouche,

elle est prise d'un bref et honteux désir d'eux, dont elle sait pourtant qu'ils ne sont que des fantômes entrevus dans un pan de nuit hantée, exhibant pour elle leur éphémère puissance d'avant l'aube.

Mais l'homme, dans le déploiement de sa force illusoire, la comble quelquefois de ce qu'il lui suffit d'être: une apparence - une apparition."

(Camille Laurens, Dans ces bras-là)

 

Publicité

Publié dans arts & more

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article