Parler d'Elle, aussi
Dans mes envies nocturnes, dans les images à refouler, à ranger pour l’hiver, dans les souvenirs qui s’accrochent à la peau et s’incrustent, dans le fond de mon ventre qui chavire, il y a Elle, aussi. Il y a sa peau féline, son parfum qui danse, ses hanches qui bougent et frémissent et invitent à rester. Il y a nos rires d’enfant et ses ongles dans ma chair, il y a se découvrir en miroir, toucher le si semblable et l’autre à la fois. Dans la nuit ses mains glacées et son souffle qui écoute, bataillant avec une énième insomnie.
Au fond de ma gorge, comme un bonbon mal avalé, je garde des mots comme des non-dits. Elle avait été une reconnaissance, un cœur jumelle de ma fêlure. Comme à une sœur un peu incestueuse, j’aurais voulu lui dire de ne pas s’éloigner.
Nous avions eu si peu de temps, et le carrefour des chemins était trop proche, comment retenir encore un peu de ce que j’avais cru partager ?
Dans ses yeux couleurs marines, tantôt écume ou corail vert, j’avais vu de douces lueurs arrimées aux jours fanés. Et quand nos corps se rencontraient, tendre duel à peine caché, une larme tremblait dans ma poitrine, de savoir qu’elle allait gagner.
Mais, en pensant à Elle, en cherchant des mots pour expliquer, ce n’est plus mon échec que je vois. Sous mon regard défile bien plus son sourire en cadeau, écureuil étonné et sautillant d’espoir, la faille immense qu’Elle dissimulait au milieu de mille et une nuits. J’entends encore les murmures et les sourdes douleurs qu’Elle confiait parfois, autour d’un liquide ambré.
Sa voix me manque. Son cœur aussi. Et ses cheveux couleur d’été.
J’aurais voulu lui demander de rester en lisière de ma route. Parce que les vraies rencontres se font rares, et que les corps ne sont pas tout. Parce que certaines histoires ne se racontent pas et qu’Elle portait des morceaux de ma vie en bandoulière.
Parce que je lui souhaite tout le bonheur du monde. Et qu’un jour, si le soleil veut bien revenir, je brûlerais de partager le mien avec Elle.