Chez moi

Publié le par anaïs


Baladée au creux de différentes émotions, de souvenirs doucement amers, j’ai erré aujourd’hui dans des pièces qui ont été les miennes jusqu’à peu. Je suis en suspense, accrochée encore par d’invisibles fils aux journées du passé, mais presque déjà dans l’inconnu de l’avenir. Je glisse, posée mais infiniment triste, d’un endroit à l’autre.


Et je songe à ces intérieurs qui ont été les miens, au fil des ans, de tranche de vie en tranche de vie.


La ferme de ma naissance d’abord, au fond humide de cette vallée glacée, magnifique en hiver, sous son habit de neige. Je me souviens du soleil étincelant qui dévalait les pentes lourdement blanches, majestueuses dans leur silence. Les sapins perçaient le ciel, sentinelles désoeuvrées, dans ce coin de pays endormi. Je revois les poils gelés de notre chien et le sourire éclatant de mon père, j’entends encore le grincement sourd du bois qui travaille et qui me faisait me recroqueviller dans d’enfantines craintes sous l’abri de l’édredon. Je repense le sourire aux lèvres au lait frais du matin, et à cette liberté immense, peut-être plus jamais ressentie.


Puis la ville était venue. La ville et cette langue étrangère, avec laquelle je me battis tant, enfermée dans un mutisme qui disait beaucoup de ma détresse. Je finis par l’apprivoiser puis à l’aimer, comme la villa teinté de rose qui fut le cadre de mon adolescence. J’aimais l’escalier de bois sombre orné du tapis bordeaux, j’aimais ma chambre très claire et le lit encastré dans le mur, refuge de mes nuits. J’aimais surtout les carreaux de couleurs, créant reflets et jeux de lumière. Je passais des heures à deviner les formes extérieures, perdue dans la multitude de ce qui aurait pu être.


Un jour, enfin, je fis mes choix, les miens, un peu. Je partis à l’assaut du monde, oh, pas bien loin, mais dans des murs qui scellèrent mon désir de grandir. Un petit appartement, deux pièces stériles et une cuisine, ouverte sur le jardin. Dedans il y avait mes rêves de vie intense, quelques tableaux, une couverture rouge. Dedans il y avait surtout mon meilleur ami, son whisky et son blues, et sa main pour me soutenir. Dans cet appartement, je garde tous mes souvenirs les plus doux, les plus drôles, les plus attachants aussi. La vie était simple car je me nourrissais de livres, d’amitiés et de rencontres d’un soir qui, invariablement, finissaient entre mes draps ikéa, le temps d’une illusion.


Un autre suivit, un an plus tard. Dans la même ville, entourés des mêmes amis. Mais entre temps il y avait eu la France, les murs de pierre et le fleuve qui entraîne. Entre temps, il y avait eu les hauts plafonds et une clarinette basse, les persiennes clouées dans une chimère de fraîcheur. Il y avait eu plusieurs lui, et Lui surtout, son canapé d’un autre temps et ses livres aux mots de soufre.


C’est pourquoi quand je m’étais retrouvée dans les murs étroits de mon ancienne vie, dans ce pays aux frontières exiguës, je n’avais eu qu’une seule envie: repartir.


J'étais donc revenue. Avec le même Lui, mais dans d’autres murs. J'avais retrouvé le canapé, et le Voltaire aussi. J'avais voulu créer un espace à moi, à nous. Le matin quand je me levais, je me hâtais jusqu’à la grande baie, de plein pied sur la verdure du parc. La maison était calme, grande, peuplée de désirs et de démons. Je m’y étais plu, je m’y étais rêvée, surtout quand le soleil inondait la pièce principale, endormant mes membres et mes doutes. J'aimais lézarder puis, quand la chaleur devenait trop forte, battre en retraite dans la pénombre des chambres à coucher.


Je pensais à tout cela, ce soir, alors que je contemplais ces murs. Je m''y étais sentie chez moi, mon coeur, d’ailleurs, y était encore un peu. Je partirais avec un vide au fond du ventre, c’est sûr.


Comment savoir si d’autres intérieurs attendaient?
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Publié dans mumures - voyages

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K
Ca faisait longtemps que je ne l'avais pas dit, mais je suis toujours autant fasciné par ton style. J'espère que mon tutoiement et mes mots simpliste ne feront pas tache au milieu des autres commentaires, qui sont au niveau de tes écrits.
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A
une histoire d'espoir et de désillusions, de découvertes et de lâcher prise. et l'espoir, tel le printemps, chauffe toujours plus que les autres...
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L
Je passais tout bas...car j'ai aimé lire alors je vous le dis, c'est comme une histoire de saisons, de printemps, d'hiver et de renouveau, de souvenirs qui font tout aussi chaud que la fenêtre ouverte là tout maintenant.
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A
Préserver notre lien? Mais si, votre message le prouve, là, à l'instant. Je sais ce que j'ai eu en Vous et que j'aurai encore. Il n'y a pas eu que manque, sottise et dette. Vous m'avez donné un peu de force dans mon combat pour plus de liberté. C'est énorme. Et des sensations, des vraies. Au-delà des mots qui ont pu être échangés, celles-ci restent.<br /> Je le redis: je ne regrette rien, et surtout pas Vous, surtout pas nous.<br /> Quant aux blessures, elles font ce que nous sommes. Et certaines marques sont de celles qu'on chérit.<br /> Je n'oublie pas.
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S
Je vous lis avec la plus vive des émotions car ce canapé bordeaux, ce Voltaire carmin seront à Vous, chaque fois que vous le voudrez, Vous vis-à-vis j'ai contracté une dette et à qui j'ai manqué. Nous qui n'avons pas su préserver notre lien. Moi qui croit aux chimères et qui suis responsable de votre désarroi. Cette maison, désormais désespérément et atrocement vide, s'est refermée sur moi, sur mes fantômes et mon incommensurable sottise.<br /> Que dire ? J'en ai assez dit, et fait, en conneries et en propos insensés... SirCrimson.
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