Partie en fumée (3)
Lorsqu’elle débarque dans l’aube, l’air est frais et un peu humide. Elle se voute sous un frisson et resserre les pans de son manteau. Ignorant les crampes au ventre, elle les connaît, elles l’accompagnent, la jeune femme se glisse le long des avenues. À l’est de la ville, elle entend le clocher qui vaque à ses occupations: rappeler que le temps passe, inexorablement.
Elle sourit en solitaire en pensant qu’on est bien loin du « Morgenrot » germanique, le « rouge du matin », celui qui se lève dans un air de promesse et d’occasion à saisir. La journée, sans hâte, s’annonce poivre et sel. En pressant le pas, et au milieu des dernières brumes de la nuit qui se pourchassent dans sa tête, elle se souvient de ces autres petits jours, il y a longtemps déjà, dans une autre vie. Elle se revoit, ivre de candeur, bataillant avec son amoureux pour la victoire du dernier mot. Il lui soutenait que l’aube ne valait rien, qu’elle n’était belle que lorsqu’elle était l’aboutissement d’une nuit blanche, il le savait bien, lui, l’artiste, travaillant toute la nuit, enchaînant cigarette sur verre de vin, pour tenir, pour aller au bout de sa jeunesse et de ses talents à l’emporte-pièce. Il savait lui, et tellement mieux qu’elle, qui ne jurait que par le travail, qui clamait « l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ».
Elle le rabrouait. Bien sûr, il passait ses soirées à boire et à rire, c’était si simple la vie de bohème, mais elle voyait la vie, vraiment, et elle aimait boire du café dans les premières lueurs du jour, fraîche et dispose, prête à s’atteler aux tâches à venir. Mais il n’en avait cure, n’est-ce pas, lui qui ne vivait que pour son art ?
Comment lui aurait-elle avoué, à l’époque, que ses sarcasmes cachaient une jalousie féroce ? Que les heures nocturnes lui faisaient peur par ce qu’elles lui révélaient d’inavoué et de désir trouble ? Elle les trouvait trop équivoques, trop langoureuses, un peu perfides parfois. Comme il était au contraire rassurant de s’engouffrer dans la clarté du matin sous une douche chaude, la journée encore intacte au pas de la porte, pure, dans le silence du sommeil des autres. Elle sentait alors son corps se tendre, en éveil et plein d’ardeur, avec des idées en papillon derrière son front, des idées encore informes mais qui ne demandaient qu’à naître.
Mais c’est si loin déjà. Elle se rappelle à peine comment tout a fini. Et le peu qui affleure à sa conscience, elle le rejette au large, avec la marée de ses espoirs.
En attendant, son quotidien est bien conscient, lui. Il ne faut pas tarder, il y a des choses à faire, des heures à remplir. Elle se met à courir…
Elle sourit en solitaire en pensant qu’on est bien loin du « Morgenrot » germanique, le « rouge du matin », celui qui se lève dans un air de promesse et d’occasion à saisir. La journée, sans hâte, s’annonce poivre et sel. En pressant le pas, et au milieu des dernières brumes de la nuit qui se pourchassent dans sa tête, elle se souvient de ces autres petits jours, il y a longtemps déjà, dans une autre vie. Elle se revoit, ivre de candeur, bataillant avec son amoureux pour la victoire du dernier mot. Il lui soutenait que l’aube ne valait rien, qu’elle n’était belle que lorsqu’elle était l’aboutissement d’une nuit blanche, il le savait bien, lui, l’artiste, travaillant toute la nuit, enchaînant cigarette sur verre de vin, pour tenir, pour aller au bout de sa jeunesse et de ses talents à l’emporte-pièce. Il savait lui, et tellement mieux qu’elle, qui ne jurait que par le travail, qui clamait « l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ».
Elle le rabrouait. Bien sûr, il passait ses soirées à boire et à rire, c’était si simple la vie de bohème, mais elle voyait la vie, vraiment, et elle aimait boire du café dans les premières lueurs du jour, fraîche et dispose, prête à s’atteler aux tâches à venir. Mais il n’en avait cure, n’est-ce pas, lui qui ne vivait que pour son art ?
Comment lui aurait-elle avoué, à l’époque, que ses sarcasmes cachaient une jalousie féroce ? Que les heures nocturnes lui faisaient peur par ce qu’elles lui révélaient d’inavoué et de désir trouble ? Elle les trouvait trop équivoques, trop langoureuses, un peu perfides parfois. Comme il était au contraire rassurant de s’engouffrer dans la clarté du matin sous une douche chaude, la journée encore intacte au pas de la porte, pure, dans le silence du sommeil des autres. Elle sentait alors son corps se tendre, en éveil et plein d’ardeur, avec des idées en papillon derrière son front, des idées encore informes mais qui ne demandaient qu’à naître.
Mais c’est si loin déjà. Elle se rappelle à peine comment tout a fini. Et le peu qui affleure à sa conscience, elle le rejette au large, avec la marée de ses espoirs.
En attendant, son quotidien est bien conscient, lui. Il ne faut pas tarder, il y a des choses à faire, des heures à remplir. Elle se met à courir…
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