Partie en fumée (4)

Publié le par anaïs


Lorsqu’elle ne travaille pas, la jeune fille dort longtemps le matin. Non: somnole, s’étiole, se cache aux confins du monde, dans le cratère de son lit. Ses volets ne sont jamais tirés, elle aime la lumière qui la frappe au visage et fait cligner ses yeux lourds de rêves qui s’incrustent. Depuis quelques temps (des mois? Elle n’a plus la mesure du temps; il file, comme son bas qu’elle jette d’un geste rageur) ses matins sont devenus flous, comme si, dans un acte ironique, un lutin avait déposé une brume myope sur ses pupilles, effaçant l’image des autres, brouillant la sienne surtout. Cela ne lui déplaît pas, elle s’en accommode, apprivoise les nouveaux contours qui s’offrent à elle.

Elle s’étire langoureusement, ses mains frôlent sa peau, chaude, elle qui a tout le temps froid elle profite de ces instants, les seuls, où elle ne tremble pas. Elle pose délicatement ses propres mains sur ses seins, en coupe, un peu de douceur, juste s’assurer qu’ils sont encore là, qu’ils ne sont pas partis rejoindre l’ancien amant qui hante ses rêves.

Ils sont là. Se dressent, résignés à reconnaître la caresse solitaire, ravalant leur déception d’avoir attendu des doigts plus fermes, charnus et taquins.

Au creux des draps, elle s’agite. Il va falloir se lever, vaquer à quoi?, mais se lever quand même, faire semblant d’avoir un quotidien. Alors elle use du rituel, du cadre qui la soutient: faire le lit, ramener la couette rouge et noire, celle qu’elle emmène partout, même en voyage, secouer un peu les coussins, virer le chat qui s’incruste dans la couverture, abasourdi de paresse. La douche ensuite, très chaude, jusqu’à ce que la peau rougisse et demande grâce, compter jusqu’à quarante, rajouter cinq pour le plaisir, sortir ensuite. La peau qui perle de froid.

Devant la grande armoire, elle grelotte, incapable de choisir vite, tous les vêtements lui rappellent une occasion, un dîner, une promenade, une dispute. Souvent c’est le jean qui l’emporte, ou la jupette en noir et blanc, comme une vieille photographie.

Est-elle prête à partir? Pas tout à fait. Reste l’épineux problème du sac à main. Elle en a des dizaines, tous différents, du minuscule à l’immense, de l’élégant au franchement ridicule, juste pour rire, acheté dans un moment de gaminerie. Toute jeune déjà, elle délaissait ses copines au rayon chaussure, elle ne comprenait pas: trois paires suffisaient, non? Ses amies se moquaient d’elle, gentiment. Plus tard, une rivale lui avait pourtant envoyé au visage, dans un accès de rage, qu’elle ferait mieux d’ouvrir un peu plus les jambes pour être remplie, au lieu de se promener avec des ventres portatifs, dans lesquels elle jetait pêle-mêle tout ce qui lui passait par la tête et les mains. En effet, souvent, elle n’arrivait même plus à les fermer, n’y retrouvait plus rien, tout était englouti, enfoui. Mais tout était là, avec elle. Souvenirs et désirs. Regrets et espoirs.

Elle ne voyait pas où était le mal. D’ailleurs, tiens! elle allait prendre le rouge aujourd’hui, celui avec de multiples courroies en cuir, qu’on pouvait tenir d’une main. Fermement. 

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Publié dans fictions en miroir

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S
le vert vous va bien, SirCrimson
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A
<br /> oh non! pas le rouge! y en a marre de ces psychanalystes qui symbolisent tout ce que j'aime!! les sacs... le rouge... ( et alors vous imaginez le "sac rouge"... horreur!) pfff... c'est infernal!<br /> <br /> Je ne vais quand même pas me mettre au pastel juste à cause de Sigmund (d'ailleurs, son chien portait-il du rouge? rire...)...<br /> <br /> (Je souris en écrivant ce commentaire, car je me suis habillée tout de vert, aujourd'hui... espoir espoir...)
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S
Le rouge est une couleur qui renvoie à la Mère... Je m'en suis aperçu ces derniers jours, en travaillant. Vous voyez... Mon carmin est piégé... Sourire de SirCrimson...
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A
<br /> Cette jeune fille partage ma passion des sac, c'est vrai. Mais il y a beaucoup de choses que nous n'avons pas en commun... Je commence à l'apprivoiser d'ailleurs, avoir envie de la retrouver dans les mots... je préfèrerais mille fois regarder où elle peut aller que de travailler... mais il le faut aussi, je ne peux pas vivre que dans les mots...<br /> <br /> Les rouges, les oranges... j'ai besoin de cette chaleur autour de moi...<br /> <br /> Je vous embrasse.
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J
et quel sac Anais<br /> le rouge <br /> le rouge vous va si bien<br /> l'orangé aussi<br /> vous êtes belle...
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