Fragments d'Eros (1)
Une main, douce, des doigts qui papillonnent dans l’envers du coude, légère vallée au milieu du bras, sensible comme la plante du pied. La mince veine palpite sous la caresse, miroir de celle qui gonfle un peu le long du cou, lorsque la respiration se bloque.
Elle ferme les yeux et mille couleurs explosent en bouquet derrière le paravent des paupières.
Les doigts ont atteint son poignet et l’enserrent jusqu’à faire craquer les os, comme s’ils s’entrechoquaient sous la force de l’entrave. Son souffle prend la fuite et dans sa tête les images se télescopent.
À peine si elle entend l’acier qui se referme sur ses deux mains, jointes à présent.
Le spectateur silencieux, s’il s’est aventuré jusque-là, peut l’apercevoir, à quelques pas du mur aux pierres apparentes, nue, les bras entremêlés comme des lianes et liés à la poutre qui traverse la voûte.
Elle frissonne? Il ne fait pas froid pourtant.
Peut-être est-ce la lueur vacillante des bougies qui se reflètent en serpentins sur la peau très blanche.
Ou peut-être l’oeil du voyeur a-t-il cillé, troublé d’assister à l’attente muette de la poitrine, des reins et des épaules.
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