Fragments d'Eros (2)
Le tissu s’engouffre entre ses jambes comme un voleur dans la nuit. À peine si on se souvient l’avoir vu. Reste un frisson à l’orée des cuisses, là où palpite un secret d’alcôve.
Elle s’imagine des mains, des doigts par dizaine, inconnus, incongrus, un ballet en apothéose.
Elle rougit un peu devant son café crème, sa tête en feu imprimée sur les joues. Les regards masculins des quatre coins de la terrasse sont autant de douces menaces ; sucre glace sur la pomme défendue. Instinctivement, ses chevilles se sont arrimées solidement autour du fer forgé de la chaise. La peau épouse la fraîcheur du métal tandis que la rouille s’effrite au contact du galbe des mollets.
Des voix rauques et sans équivoques dévalent son échine, de la fragilité de la nuque jusqu’à la brûlure des reins.
Elle s’agite un peu, balancé par le trouble. Elle aurait besoin de liens noués au creux du ventre pour équilibrer la colonne qui vacille. Les paumes moites s’arrondissent sur le mirage d’une virilité tendue, prêtes à prodiguer d’amples caresses. Sa bouche quant à elle, fiévreuse, s’affole distraitement autour de la petite cuillère, maigre substitut pour promeneuses endimanchées.
Elle est partie très loin déjà, sur des rivages de velours. Au plus profond d’elle-même, une cire de braise égraine ses fantasmes au compte-goutte. Qui sait ? Un murmure chatouillé dans l’oreille suffirait peut-être pour qu’elle se rende complètement, les jambes en éventail.
Dans un coin le serveur hésite, intimidé.
L’invite est si nette qu’il tarde à apporter la trop tangible addition.