La Vellini

Publié le par anaïs


"Vellini était petite et maigre. Sa peau, qui manquait ordinairement de transparence, était d’un ton presque aussi foncé que le vin extrait du raisin brûlé de son pays. [...] Sa tête, trop penchée sur son cou flexible et qui semblait emporter le poids de son corps, lui donnait quelque chose d’oblique et de torve. Elle se repliait sur elle-même avec une espèce de pudeur farouche, défiante et orgueilleuse, et qui jetait des redoublements d’ombre sur sa laideur. Telle elle apparaissait... mais, disons tout: pour peu qu’une passion ou un caprice la fît sauter debout; pour peu qu’un invisible coup de trompette, un accent réveillé des sentiments engourdis, lançât le frisson dans sa maigreur nerveuse et l’arrachât au sommeil de sa pensée... elle n’était pas belle, non, jamais! Mais elle était vivante, et la vie, chez elle, valait la beauté dans les autres! L’Expression – ce dieu caché au fond de nos âmes – la créait par une foudroyante métamorphose. Alors, ce front envahi par une chevelure mal plantée, ce front d’esclave, étroit, entêté, ténébreux, grossissait, grandissait et commandait au visage. Ce nez, commencé par un peintre Kalmouk, finissait en narines entr’ouvertes, fines, palpitantes, comme le ciseau grec en eût prêté à la statue du Désir. Les coins de la bouche allaient mourir dans des fossettes voluptueuses. Les yeux, emplis par des prunelles d’une largeur extraordinaire, noirs, durs, faux, espionnants, tisons ardents d’un vrai brasero sans flammes, s’avivaient d’une clarté qui brûlait le jour. C'étaient des yeux infernaux ou célestes, car l'homme n'a guères que ces mots-là qui cachent l'Infini, pour en exprimer la puissance. [...] Ah! Dans ces moments-là, quelle revanche la senora prenait sur les femmes toujours belles!"

(Barbey d'Aurevilly, Une vieille maîtresse)
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Publié dans arts & more

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A
Alors il ne me reste qu'à vous sourire en retour, puisque vous avez compris les pourquoi et les clins d'oeil. J'aime beaucoup ce passage, il est vrai, et j'ai dans la tête le regard obsédant et obscène de la belle Argento...<br /> Je vous embrasse, A.
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S
Je souris en découvrant cette citation. Je songe au film de Breillat, à Asia... Et je devine les allusions, dans votre choix de CE passage. Je vous embrasse, SirCrimson.
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