F(r)ictions 1
« Who are you » je lui murmure dans l’oreille et je voudrais avoir la voix de Tom Waits mais ce n’est que la mienne et j’escamote le rampement rauque de la phrase. Elle a son regard guerrier et son cristal fiché au fond des prunelles ; j’ai mes complexes qui me déboîtent la gorge et qui jugulent mon envie de lui en coller une.
J’ai remplacé les Nocturnes de Chopin par la précision assassine de Karajan faisant l’amour à Vivaldi. Dehors le soleil pâlit d’heure en heure, bientôt il aura les nuances cendrées des fins de saison.
Je me ressers du vin ; il n’y a pas de raison.
Pleine de l’autorité que me confère le noble breuvage, je m’irise et m’emporte, sans plus réfléchir aux marques qu’impriment le clavier, sans plus rien omettre de toute cette haine qui m’anime encore et palimpseste mes rêves la nuit. Je l’observe en cachette, dans les moindre recoins de sa face d’ange et j’éructe et j’ajuste en pensée la bretelle du top en dentelle s’affaissant sur les épaules : sois poupée jusqu’au bout !
Je me ressers du vin ; il y a mille raisons.
Alors, dans un large mouvement de ciseaux je refais le portrait à la photo mentale, telle qu’elle est restée placardée au seuil de ma mémoire. Un coup dans les joues de pêches, un dans le satiné des épaules, un dernier au petit bonheur et au grand aussi – celui qu’elle m’a volé.