Le grand échiquier
J’écris depuis la stérilité tiède d’une chambre d’hôpital. Patient x, opération de routine qui tombe à un moment exceptionnel, croche-pied dans la poisse, mais qu’importe: après quelques brumes et grisailles narcotiques, me revoilà sur pied. Un peu vacillante la fillette, un peu pâle, avec une transparence de plus qui brille sous la peau, mais les cils en bataillons de combat contre les larmes et la peur.
Échec à la reine. Mais c’était compter sans le cavalier toujours prêt à rebondir, et sans le fou qui grelotte dans ma tête.
À côté de moi, une vieille femme est en fin de partie. Les câbles qui la relient au jeu l’ornent comme des colliers fanés; du toc et du plastique pour faire semblant que cela vaut encore la peine. Elle déroule les jours et les nuits sans trop se plaindre, le ventre coupé en deux, répondant inlassablement aux questions des infirmières à la jeunesse indécente. Elle a la voix monotone de celle qui s’en va et lorsque nos yeux se croisent, je baisse les miens, consciente de l’image que je lui envoie en pleine face.
Quand elle ne somnole pas, elle regarde fixement par la fenêtre, la bouche pleine de borborygmes.
Et, toujours, je me demande si elle s’attarde sur les feuilles qui déshabillent lentement le grand chêne.
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