D'une ville
Depuis mardi, je retraverse la rivière de mon adolescence. Tous les matins, appuyée contre la vitre du bus, je retiens mon souffle lorsque je passe le pont, pas le même qu'autrefois, il est décalé vers la gauche, légèrement, mais la vue n'est guère différente. Le soleil levant brille sur les facades d'en face et l'eau miroite des souvenirs. Je me souviens des rires et des espoirs, des mots latins et grecs, appris à la va-vite dans le brouhaha du tramway, j'ai encore le goût des bonbons au coca-cola que j'avalais à longueur de journée, mon sac d'école sur une épaule et mes copines au creux du coeur.
Aujourd'hui je passe le pont seule. La ville est toujours aussi belle, calme, sereine comme la plupart des villes d'ici. Elle a perdu de son éclat magique, mais pas de son charme un peu désuet. C'est un joli morceaux d'enfance que j'ai en moi, même si je ne m'y sens plus aussi à l'aise. Même si je ne m'y sens plus chez moi.
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