De l'automne
Tous les ans la certitude revenait, s’installait. Elle aimait l’automne.
Adolescente, elle avait fait de longues promenades dans la forêt en dessous de sa maison, longeant les prés qui grésillaient d’or et de bruns. Elle partait seule, ou parfois avec un ami venu de la ville pour partager un bout de sa campagne. Elle aimait ne pas mettre de veste et empiler au contraire pêle-mêle pulls, gants, bonnets et une longue écharpe qui accrochaient ses cheveux à son visage, petit cadre capillaire à ses joues teintées de rose.
Ses bottes raclaient le tapis de feuilles et buttaient parfois contre l’éclat lisse et glacé d’un marron. Elle avait l’impression que les paysages allaient imploser de tant de roux et d’orange.
Aujourd’hui, elle se disait que ce qui la touchait, la fascinait dans ces mois de fin d’année, c’était la majesté qui se déposait doucement sur les choses. La lumière même semblait plus posée, rayonnante d’une étincelle grave et ancienne. Dans le changement qu’il annonçait, l’automne posait le poids des années qui passent: il portait en lui toute la mémoire du monde.
Aujourd’hui, elle profite de ces week-ends d’octobre pour arpenter la ville, seule et sereine, respirant calmement l’air pâle et dense qui illumine les pavés de cette ville qu’elle a appris à reconnaître au cours des derniers mois. Elle oscille et tremble toujours de ces vides qui s’ouvrent en elle à l’entrée des nuits, mais la saison des feuilles mortes lui a ramené un sourire dans le regard. Elle a cet espoir, cette foi même, si elle osait utiliser le mot, que les choses changent mais laissent une trace. Pas parce que c’est dans leur nature, mais parce qu’à force d’être grandes et graves au sens latin du terme, elles pèsent assez pour signifier qu’il y aura toujours quelque chose à cet endroit-là, même si de manière différente.
Et il y a de la tristesse et de la lumière dorée dans cette idée, comme au cœur même de l’automne.
Adolescente, elle avait fait de longues promenades dans la forêt en dessous de sa maison, longeant les prés qui grésillaient d’or et de bruns. Elle partait seule, ou parfois avec un ami venu de la ville pour partager un bout de sa campagne. Elle aimait ne pas mettre de veste et empiler au contraire pêle-mêle pulls, gants, bonnets et une longue écharpe qui accrochaient ses cheveux à son visage, petit cadre capillaire à ses joues teintées de rose.
Ses bottes raclaient le tapis de feuilles et buttaient parfois contre l’éclat lisse et glacé d’un marron. Elle avait l’impression que les paysages allaient imploser de tant de roux et d’orange.
Aujourd’hui, elle se disait que ce qui la touchait, la fascinait dans ces mois de fin d’année, c’était la majesté qui se déposait doucement sur les choses. La lumière même semblait plus posée, rayonnante d’une étincelle grave et ancienne. Dans le changement qu’il annonçait, l’automne posait le poids des années qui passent: il portait en lui toute la mémoire du monde.
Aujourd’hui, elle profite de ces week-ends d’octobre pour arpenter la ville, seule et sereine, respirant calmement l’air pâle et dense qui illumine les pavés de cette ville qu’elle a appris à reconnaître au cours des derniers mois. Elle oscille et tremble toujours de ces vides qui s’ouvrent en elle à l’entrée des nuits, mais la saison des feuilles mortes lui a ramené un sourire dans le regard. Elle a cet espoir, cette foi même, si elle osait utiliser le mot, que les choses changent mais laissent une trace. Pas parce que c’est dans leur nature, mais parce qu’à force d’être grandes et graves au sens latin du terme, elles pèsent assez pour signifier qu’il y aura toujours quelque chose à cet endroit-là, même si de manière différente.
Et il y a de la tristesse et de la lumière dorée dans cette idée, comme au cœur même de l’automne.
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