Identité

Publié le par anaïs


Soirée solitaire. Je ne m’en plains pas, mais j’écoute le silence de la maison. Le bruit de la pluie est glacial et sourd, j’ai des envies d’ivresse dans des bars enfumés. Envie de rentrer avec un inconnu comme je le faisais il y a quelques années. Envie de me réveiller à côté de lui et de me dire, de sentir, de savoir, qu’il m’est indifférent. Je sais bien pourtant que la solution ne se trouve pas dans ces eaux-là. Et que la nostalgie que j’éprouve parfois de ces nuits faciles est trompeuse: dans ces bras interchangeables, je n’étais pas plus moi-même.

Mais alors, qui suis-je? Cette question qui me hante, qui m’obsède, qui m’empêche d’avancer parfois.

Et qui fait écho au monologue timide que j’ai tenu ce matin, confortablement assise dans le cuir d’un fauteuil qui avait tout du divan.

Toujours j’ai eu cette certitude profonde, ce gouffre immense qui s’ouvrait devant moi, que je ne pouvait être une. J’étais double, triple; ou j’étais rien. Oui, le plus souvent, je n’étais rien. Et devant cette absence de moi, devant cette colonne qui refusait de me soutenir puisqu’elle ne savait même pas de quel côté j’allais tourner la tête, devant mes avis qui changeaient au gré de conversations, qui se courbaient sous l’assaut d’un argument trop bien défendu, qui se soumettait devant la menace d’un possible conflit, je n’avais plus rien à quoi me raccrocher. Plus rien excepté ma peur. Mon angoisse. Ma terreur. Ma seule caractéristique, celle qui me rendait unique. Ces instants qui me prenaient à la gorge avec une allégresse blanche, le coton de mes jambes, mes lèvres exsangues. Que ça qui me définissait.

Aujourd’hui, je me bats. Parce que je veux être plus que ça. Je veux m’aimer et me trouver belle et savoir que cette femme qui m’observe dans les miroirs ne vacillera plus tant dans les brouillards du doute. Je veux savoir qui loge dans ma tête, tout au fond, là où je ne descends plus depuis bien longtemps. Je voudrais apprivoiser ce moi… Peut-être gagne-t-il à être connu…

Alors j’avance. Tout doucement, prudemment. Et je n’essaie plus de déchiffrer les signes à l’horizon. Il viendra bien assez vite.


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Publié dans mumures - voyages

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S
Desolee d'etre passee au mauvais moment. En fait, je n'ai vu le "grave" de ce soir qu'apres avoir repondu et reloade la page... <br /> <br /> Bon courage et bonne chance.
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A
Je ne sais pas si nous avons (eu) les mêmes souffrances - je n'ai pas à en juger. Ce que je sais, et c'est ce que je voulais dire par "je sais qui je ne suis PAS", c'est que je compte répondre à ces questions sans faire (trop) souffrir. Parce qu'autant il est vrai qu' "autrui ne sert pas", autant je ne veux pas non plus me servir d'autrui. <br /> Tant mieux si tu as trouvé ta voi(e/x). J'espère bien trouver la mienne. Et ne pas laisser trop de personnes brisées dans mon sillage...<br /> Je ne sais quoi te dire d'autre. Surtout que, ce soir, j'ai mille autres choses plus graves (aussi au sens étymologique) en tête... (mille autres chats à fouetter?).<br />  
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C
Oui, tutoyons nous donc, c'est d'accord! Je comprends ton texte et ton commentaire dans le sens sympathique du terme - meme souffrance, souffrance que je sais mienne, souffrance qui fut et qui n'est plus. Les voies de l'essence sont multiples et sans doute est-ce en les trouvant que l'on "est" (hum, si je reflechis trop a cela, je risque de devenir folle...). Ce qui est triste c'est qu'autrui ne serve pas, que dans notre vacance, notre vide que l'on se refuse a nommer feminin, on accepte toute sorte de fantasmes, d'engouffrements, de jeux, de voix juste pour se sentir (faussement en effet, tu l'ecris tres justement) exister. Ce que tu choisis en ce mement "savoir que tu n'es pas" n'est que la facette inversee du probleme. L'etre et le pas etre, un choix problematique pour les extremes, le "tout" ou le "rien" etc... Or, c'est en occultant tout a fait la reflexion sur le "soi" et sur le "pas soi", en se laissant soyeusement glisser vers la vie, en laissant grimper cette colonne d'assurance, cette force que l'on se connait dans les extremes mais que l'on refuse d'incarner que viendra l'essence. enfin, je crois. Je ne me relis pas de peur de me censurer et te laisse donc fautes de frappes et tutifruti et puis te dis a bientot jolie fleur.
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D
Ah... L'identite! Ce n'est que le jour ou l'on comprend que l'on n'est qu'action, que mouvement, que l'on ne pourra jamais ni se voir ni se savoir, que les miroirs (reels ou dans les yeux d'autrui) sont des leurres que l'on peut - enfin - vraiment etre.<br /> <br /> En soi, l'identite est perfection figee et mort - pas adequation. Le voila le grand, l'immense probleme.<br /> <br /> Bonne route "anaiS".
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A
<br /> Ah, le petit poucet sème ses cailloux... <br /> <br /> Il est vrai, j'ai bien de la peine à "enfin être". Peut-être d'ailleurs, dites-vous vrai (mais ne pouvons nous pas nous tutoyer?), il est impossible de savoir qui l'on est. Mais alors tout du moins puis-je savoir qui je ne suis PAS. Et je pense répondre de plus en plus clairement à cette question...<br /> <br /> Bien du plaisir dans le labyrinthe de vos voiles,<br /> <br /> Anais<br /> <br />