Identité
Soirée solitaire. Je ne m’en plains pas, mais j’écoute le silence de la maison. Le bruit de la pluie est glacial et sourd, j’ai des envies d’ivresse dans des bars enfumés. Envie de rentrer avec un inconnu comme je le faisais il y a quelques années. Envie de me réveiller à côté de lui et de me dire, de sentir, de savoir, qu’il m’est indifférent. Je sais bien pourtant que la solution ne se trouve pas dans ces eaux-là. Et que la nostalgie que j’éprouve parfois de ces nuits faciles est trompeuse: dans ces bras interchangeables, je n’étais pas plus moi-même.
Mais alors, qui suis-je? Cette question qui me hante, qui m’obsède, qui m’empêche d’avancer parfois.
Et qui fait écho au monologue timide que j’ai tenu ce matin, confortablement assise dans le cuir d’un fauteuil qui avait tout du divan.
Toujours j’ai eu cette certitude profonde, ce gouffre immense qui s’ouvrait devant moi, que je ne pouvait être une. J’étais double, triple; ou j’étais rien. Oui, le plus souvent, je n’étais rien. Et devant cette absence de moi, devant cette colonne qui refusait de me soutenir puisqu’elle ne savait même pas de quel côté j’allais tourner la tête, devant mes avis qui changeaient au gré de conversations, qui se courbaient sous l’assaut d’un argument trop bien défendu, qui se soumettait devant la menace d’un possible conflit, je n’avais plus rien à quoi me raccrocher. Plus rien excepté ma peur. Mon angoisse. Ma terreur. Ma seule caractéristique, celle qui me rendait unique. Ces instants qui me prenaient à la gorge avec une allégresse blanche, le coton de mes jambes, mes lèvres exsangues. Que ça qui me définissait.
Aujourd’hui, je me bats. Parce que je veux être plus que ça. Je veux m’aimer et me trouver belle et savoir que cette femme qui m’observe dans les miroirs ne vacillera plus tant dans les brouillards du doute. Je veux savoir qui loge dans ma tête, tout au fond, là où je ne descends plus depuis bien longtemps. Je voudrais apprivoiser ce moi… Peut-être gagne-t-il à être connu…
Alors j’avance. Tout doucement, prudemment. Et je n’essaie plus de déchiffrer les signes à l’horizon. Il viendra bien assez vite.
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