Premier amour

Publié le par anaïs


Il fait clair aujourd’hui et je tangue doucement dans mes pensées, souvenirs d’avant, souvenirs d’antan, chuchotements d’une autre vie. Un mot, l’autre jour, m’est parvenu. Court mais sincère, envoyé de loin mais me touchant de près. J’ai souri. C’est doux de savoir qu’on a réussi son premier amour.

Quand je pense à lui, j’ai le goût hâtif des baisers volés, dans l’hiver de la grande place, celle qui surplombe la rivière, avec la cathédrale pour abri. La pierre rouge et écaillée fut le décor de nos débuts. C’était un 12 novembre, je croyais encore au miel et aux promesses, et mes rêves étaient bien sages. Je l’aimais pour ses yeux et son talent, sa voix claire et ses désirs d’ailleurs. J’aurais été avec lui au bout du monde; il m’emmena en Allemagne et en Hongrie, et dans le bois sombre de la maison patriarcale. Je lui montrai la Bretagne et la vallée glacée de mes premiers pas, il m’appris la photo, mais je ne fus pas bonne élève.

Il m’appris que les corps, parfois, vont vers de plus troubles contrées: conquise et assidue, je m’engouffrai dans cette voie de mystères.

Il me montra le théâtre. Ce fut une reconnaissance.

Dans les coulisses de la scène, dans la pénombre fourmillante de la cantine enfumée, ouvrant grand les yeux comme une petite fille, j’eus l’impression d’entrer dans la vie. Je me trompais bien sûr, je ce compris vite que tout n’était que mise en scène, costumes et carton-pâte. Mais il flottait dans l’air ce goût d’émotions fortes qui ne m’a plus quitté, ces désirs de changer de peau, de métamorphoses, ces discussions jusqu’à l’aube, cigarettes et vin en vrac, ces coups de poignards dans les reins en vue d’un secret obscène.

J’appris les mots parlés, déclamés, j’appris les nuances et les couleurs d’une émotion, je découvris des textes que j’avais déjà lus mais qui prenaient vie, là, incarnés par des visages peu à peu familiers. Je ne pouvais plus m’en passer. La fièvre des premières et les débauches qui suivaient, les larmes et les rires sans cesse, pas d’entre-deux, la vocation d’être mille personnes, sauter de rôle en rôle.

Je m’entichai de Sarah Kane et de Claudel, de l’italien et d’un jeune metteur en scène trop triste, qui ne voulut rien de moi.

Quant à mon premier amour, il en fit sa vie. Il est loin maintenant, sur les scènes étrangères. Mais du coin de l’oeil, nous guettons de temps en temps, ce qui se passe dans les coulisses de l’autre.
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Publié dans mumures - voyages

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J
je vous embrasse aussi<br /> ce soir c'est atelier théatre...<br /> plaisir
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A
Vous allez sourire, Jeanne, mais... je n'ai jamais fait de théâtre. Je n'ai toujours été que spectatrice, par devant et en coulisse, connaissant tous les acteurs par leur noms, partageant leurs peurs et leurs délires, mais jamais je n'ai moi-même joué. L'homme au divan qui m'écoute ces temps ne serait pas étonné: je regarde, j'observe, je m'observe observer. Mais faire? Quelle difficulté...<br /> j'aimerais, un jour, renouer avec le passé et faire taire les regrets, chasser mon ombre passive: oui, un jour peut-être, je ferai du théâtre.<br /> Je vous embrasse.
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J
j'avais mis des interlignes dans mon com....<br />  là ça fait pavé !!!
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J
bonjour Anaïs j'avais écrit un commentaire et pfffffffff envolé..... un premier amour, ne s'oublie pas, il est en vous, pour moi mon fils me le rapelle... le téatre j'aime, mais ce n'est pas une passion, pour moi la passion ça ne peut être que pour un humain... j'aime mes ateliers, j'aime l'odeur quand j'arrive, une odeur de renfermé un peu, les escaliers dominent le plateau noir, la lumière est spéciale,on entre dans quelque chose, un autre monde. j'aime me retrouver à plusieurs, j'aime les improvisations où je me découvre (encore) parfois sans pudeur, parce que sans avoir réfléchi j'aime les répétitions où le rire fuse souvent et les soirs où nous jouont j'aime cette peur et en même temps ce plaisir d'être ensemble ce regard que j'ai sur le public que je devine et quand le rideau tombe, cette espèce de relachement de tous mes muscles le bonheur d'être là vivante... pourquoi ne faites vous plus de theatre ? bonne fin de semaine amitiés
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B
Le premier amour...Presque 15 années me séparait de mon premier amour... et pourtant, aujourd'hui, le hasard ou le destin, que sais-je, nous a réuni de nouveau... quand rien ne le prévoyait... Quelque soit son issue, je pense que le premier amour ne se termine jamais... il reste là, vivasse dans nos songes les plus secrets... comme une poutre maîtresse sur laquelle notre vie future s'appuie...Bonne journée!
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