À Rebecca
Je ne sais pas si tu liras cela. Peu m'importe. Je le fais pour moi.
Rebecca, jeudi encore, j’écrivais ici que malgré tout, tu me manquais. C’était avant de savoir ce que j’ai appris hier au soir.
Que dès le 15 juillet, lors de notre troisième (!) rencontre tu faisais en douce des déclarations d’amour à l’homme pour lequel je m’apprêtais à quitter mon pays, ma famille, mes amis. L’homme que je pensais être l’homme de ma vie.
Que dès ce 15 juillet tu lui disais que tu voulais vivre avec lui, quitter ton mari, que tu avais trouvé, enfin.
Que dès ce 15 juillet donc, tout ce qui est sorti de ta bouche n’a été que mensonge et hypocrisie et méchanceté. Comment en effet, qualifier autrement ce que tu as fais ensuite: Me faire croire (ainsi qu’à plusieurs de tes amies ET ton mari! ) que tu m’aimais beaucoup, qu’une amitié tellement forte nous liait, que tu avais fait une vraie rencontre, que tu ne voulais pas être un danger pour notre couple, que tu étais mal.
Que tu n’étais pas amoureuse de mon homme. Que, d’ailleurs, tu nous aimais tous les deux de la même manière et que tu pouvais tout aussi bien tomber amoureuse de moi que de lui.
Je pleurais, j’étais mal, je te confiais tout: mes doutes, mes angoisses, mes peurs de LE perdre. Tu m’écoutais, attentive (avide!), calme (intrigante!), avec intérêt (oui! intéressée!). Tu disais vouloir arranger les choses dans mon couple, nous aider à mieux nous comprendre, mieux nous parler. En fait, tu utilisais ce que je te confiais pour me dénigrer auprès de lui et le monter contre moi.
Et comment qualifier ce moment, en novembre je crois, quand, alors que nous faisions les courses toutes les deux, tu m’a regardé droit dans les yeux en prononçant doucement: « Je te jure que, si je tombe amoureuse de lui, je te le dirai. Tu le sauras. »
Cela faisait plusieurs mois que tu lui disais « je t’aime ».
Tu as brisé mon couple, tu as brisé ma vie. Grâce à toi, je n’ai plus confiance ni dans aucun homme, ni dans aucune femme. Grâce à toi, je sais que l’humanité est noire et menteuse et égoïste. Grâce à toi, j’ai appris qu’en trichant, on gagne à tous les jeux.
Alors aujourd’hui, devant quelques personnes qui me liront (oh, si peu!), je voudrais te dire que je ne pleurerai pas, pas une seule larme; je ne hurlerai pas, pas un seul cri. Je garderai au fond de moi ton nom et la couleur du mépris. Ton image, pour me rappeler de ne plus jamais croire, personne.
Et quand j’aurai réussi dans ma vie, dans un autre pays, sachant ce que je vaux et qui je suis, je penserai à toi et à tes pauvres masques, à ton mari que tu trompes, à tes amants que tu exécutes. Et j’aurai un sourire triste, presque une grimace, car je saurai que tu es toujours là, quelque part, à enseigner à des jeunes qui ne te respectent pas et qui ont bien raison.
Et je pourrai respirer car je sais que Mme de Merteuil finit sa vie avec la vérole pour seule compagne.
Mais que dis-je? Ces références littéraires doivent te dépasser. De plus, tu n’as pas sa classe.
Adieu.
Sophie
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