Nouveau quotidien
Je me coule avec une amertume mêlée d’appréhension dans les habitudes de la maison. Une angoisse sourde pèse sur les meubles et les enveloppe d’un futur incertain, leur murmurant de cacher bien vite les souvenirs des jours heureux. Le soleil s’efforce de dorer les lourds escaliers acajous, se moquant au passage de la bourgeoisie qu’ils se plaisent à aborder le long du tapis écarlate. Les sourires sont un peu forcés, les rires fugaces, presque honteux d’avoir éclatés.
Dans ma chambre, je cherche à vider mon esprit des fantômes nomades. Je vis le long des heures qui s’enfilent et s’entrechoquent ; comme des perles prêtes à se briser sur les dalles.
La machine à café est ma propriété privée. Personne ne l’utilise plus depuis janvier et quelques grains de poussières y logent encore. Depuis mon retour elle ronronne et vrombit, complice de mes coups de fatigue. Je sais que, bientôt, écoeurée du liquide doré, je courrai acheter des canettes de coca light qui me donneront de surcroît un petit air de princesse postmoderne.
Le soir, le silence s’abat de bonne heure sur la maison. Ma mère cache ses larmes et sa solitude dans son lit, mon frère abrutit ses quatorze ans devant la télévision, le chien se tasse dans son panier. Quant à moi, je m’essaie à l’étude, bataillant à réduire la pile de livres et à museler mes peurs.