Coup de fatigue

Publié le par anaïs

Pas le moral ce soir et les mots ne viennent ni beaux ni délicats. Ils tournoient et sifflent à mes oreilles des mélodies haineuse, crachent des notes qui racontent mon envie de baisser les bras, le soir, lorsque je ferme les yeux. Ferme la porte de ma chambre sur une journée de plus passée à la regarder souffrir, à observer en douce son visage se rider sous les assauts du corps. 

Toute la maison a revêtu le manteau clouté de la maladie.

Comment parler de ça. Je ne l’évoque jamais ici. Mais tout est saccagé. Ma mère que je connaissais vive, spontanée – soupe au lait – et pleine d’entrain, d’espoir, pleine de ce rire aux larmes qui lui vient de l’Italie, ma mère meurt doucement, ayant succombée à des angoisses et des rêves en miette et cette boule venu se loger au fond de son sein, un mois de juin. Depuis, de sombres maux ont élu domicile dans sa nuque, son dos, ses doigts qu’elle tient sans cesse recroquevillés, comme figés, dans l’attente d’un soulagement qui ne vient pas.

Et puis. Ce mois de janvier dernier, encore. Lui cette fois. Son cœur qui est revenu mais qui n’a plus eu la force d’emmener son cerveau avec lui. Les cliniques. Les médecins et les assurances. Les factures à payer et les thérapies par centaines. Les « vous pouvez être heureux qu’il soit en vie ».

(ah bon ? AH BON ??? mais qu’est-ce que vous en savez putain de blouse blanche les mots c’étaient sa vie -)

Lui qui m’a mis sur la voie des livres. Lui qui a lu tous mes travaux, il ne lira pas le dernier.

Il aurait été tellement fier.

J’écoute ma vie au stéthoscope. Je n’entends plus aucun de mes rêves. Parfois je revois la famille que nous avons été. Pas parfaite, pleine de rancoeurs inavouées, pleine de ces imperfections propres aux histoires familiales. Mais avec des rires, et des projets. Mais avec un avenir.

Je n’ai plus la force de faire celle qui tient bon. Celle qui sourit malgré tout. Celle qui insuffle encore de la vie avec sa bonne humeur.

J’ai envie de me réveiller.

Publicité

Publié dans mumures - voyages

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Aslé, joli poisson (*sourire*), tes mots sont toujours une joie, ici ou en particulier, parce que je sens tellement de choses derrière. Alors tu sais, comment c'est dit, comment c'est tourné, comment s'est apprêté, finalement cela importe peu...<br /> Juste te savoir là c'est bien. Je t'embrasse aussi la belle. a./S.
Répondre
L
Je ne voulais rien dire ici et je me rends compte que même en "particulier"...j'aurais trop peur de ne pas savoir te consoler et d'ajouter de la peine à ta peine avec mes propres mots...Et pourtant l'espoir est là : j'en suis la preuve, peut-être pas parfaite, mais l'amour traverse tous les temps, les âges, l'espace...et  tu verras comme c'est vrai ce que je te dis<br /> La vie bat en toi et battra toujours de ceux qui t'aiment...<br /> Je t'embrasse AnaïS
Répondre
A
Merci, Aurora. Même si beaucoup de choses ont déjà "été dites" comme vous le soulignez, voir et lire vos mots ne m'en touche pas moins...  Avec un sourire, A.
Répondre
A
On ne sait qu'ajouter puisque tout vous a déjà été dit et si bien dit par tant de voix amies...M'associer d'une ligne à celles-ci et  vous insuffler un peu de force à mon tour. Vous êtes si jeune. Vivez, vivez heureuse. Ces souffrances un jour vous le verrez vous auront construite comme nous construit le bonheur....Mais je sais que ce n'est pas évident à anticiper sur le moment où on les traverse.
Répondre
A
Cher Pan - Juste te dire que j'ai un immense "merci" au fond du coeur. Je t'ai "répondu" un peu plus longuement chez toi. Tu sais, je n'hésiterai pas à t'écrire, si... <br /> Je t'embrasse. Vraiment. A.<br />  <br /> Chère Petite Momie - Tu sais, les douleurs ne se comparent pas, jamais. Sinon, personne exceptés ceux qui vivent la guerre et la famine tous les jours n' aurait le droit de se plaindre. Toi et moi ne sommes ni plus ni moins à plainde que quelqu'un d'autre. Chaque souffrance est unique et pour l'autre inmesurable. <br /> Merci de passer, de laisser tes mots. Je t'envoie des pensées, A.
Répondre