S'il te plaît, dessine-moi un igloo
Le cœur un peu gelé de cette possibilité qui s’est dérobée à moi, ce projet auquel je croyais, poste qui devait me permettre de quitter ces murs trop lourds à porter, de m’évader de cette famille que j’aime mais dont j’ai tant besoin de me séparer, le cœur en berne donc et l’espoir un peu écorché j’ai été voir chez elle et chez elle. Et leurs joyeux projets rêveurs, leur douce nostalgie partagée, leurs igloos en devenir d’amitié et de rencontre m’ont un peu pansé la déception. Et je me suis dit qu’il y aurait le rêve, toujours, et ces mots qui coulent de mes doigts et de mon ventre, ces mots auxquels je peux toujours revenir encore et encore, même si tout s’effondre autour et même si le vent souffle sur ces maudits châteaux de carte qu’on s’acharne à bâtir au milieu de la tempête, pauvres petits idéalistes que nous sommes.
Et alors, du haut de leurs grues, j’ai regardé au loin parce qu’il le fallait bien, je ne pouvais pas laisser mes prunelles fichées dans le présent qui m’angoisse. Je suis montée très haut, j’ai respiré à l’air libre (qui ? l’air ? moi ?) et j’ai souri aux mouettes qui braillaient.
(même si, en croquant dans les nuages, je n’ai pas pu avaler complètement cette boule de peur qui squatte ma gorge).
Alors, en pensée, j’ai enfilé mes gants carmin, ceux à la fourrure d’évasion, et je les ai rejoint sur le terrain enneigé de notre futur palais de glace.