De certaines journées colloquantes
D’abord il y a le froid, bien sûr, lumière sucre glace et buées de décembre. Le soleil est de la partie, les trains aussi, pas les trams (ben oui, on ne peut pas tout avoir), tout transport est donc affectif et affectueux sinon rien.
Bruxelles est là, tout en chauds sourires, jeux de mots et gaufres à léchantes. Les liens américano-belges se tissent, se resserrent autour des verres qui s’enchaînent et ça parle de sosies, de gens méchants et des gentils aussi, un peu. Les discussions culinaires abordent la morue et sa digestion, le gâteau basque, les religieuses au chocolat.
Il est là, dans le carmin de son salon et de ses pensées. Je suis là. Quelques jours au diapason.
Et, en vrac, il y a aussi la lourde et chaude tapisserie orange de la librairie, le dos mutin du performeur et ses cheveux en bataille, les blagues de mauvais goût et les plus subtiles, les regards échangés, sa main dans la mienne, des choses tacites qui grandissent et prennent de l’assurance ; il y a les déplacements en groupes le long des rails de trams déserts, mes talons qui claquent sur le pavé, la course contre la montre, les cafés avalés au petit bonheur et entre deux problèmes techniques. Il y a le rouge de mes ongles, le rouge de mes gants, le rouge de mes joues quand je parle à Catherine Robbe-Grillet, si menue mais immense de tenue, de classe, d’élégance et de richesse intérieure ; il y a l’homme au divan hors de l’exercice de ses fonction, son chapeau et sa voix (que j’entends enfin un peu plus).
Il y a le comptoir de Thierry, son béret et sa bonne humeur, il y a le vin qui coule à flot, la charcuterie, le fromage, le foie gras, il y a les discussions animées entre le sauvageon proustien et tous ceux qui le contredisent (ou était-ce le contraire ?), sa mauvais foi et son esprit rapide et cinglant, ses mimiques et ses avis tranchés, toutes ces choses qui me font dire qu’il m’énerve et m’enchante de plus en plus, il y a les cigarettes que je ne fume pas et les fous rire nerveux et joyeux qui me servent de baume au cœur.
Et aussi les pierres dures et froides de la fac, les débats, les échanges, l’impression d’être à ma place, le sentiment d’être vivante, vibrante, vivace, les soucis que je laisse derrière moi et que j’oublie le temps d’un souffle ; les promesses de voyage et de visite, les projets qui allument des lanternes le long des jours à venir, les lectures débridées, décomplexées, partagées et offertes, les mots qui tournoient, qui réchauffent, qui raniment et rafistolent ; ses mots à lui qui relayent la douceur et la force de ses bras.
Et aujourd’hui il y a le souvenir de tout ça qui donne un coup de pouce à mon courage.
Edit : Et pour des comptes rendus plus détaillés, moins brouillons, différents et complémentaires, frappez à cette porte.