Rejet
Sous ma peau quelque chose se rebelle. Chaque jour mon reflet prend une claque ; je me toise dans le miroir. Mes lectures tournent autour du corps et me donnent la nausée. Truismes, À ciel ouvert et même ce Carnet d’une soumise de province que j’aurais pu trouver beau, je pense, si chaque phrase ne me faisait frissonner de mal-être. Il se passe des choses étranges, que je ne comprends pas, qui s’ajoutent à la fatigue et au stress, comme un dégoût de la chair contemporaine, un haut-le-cœur infiniment triste qui ne quitte plus ma gorge. La glace me renvoie l’épaisseur de mes cuisses, la pâleur de mon teint, mes fesses qui me paraissent alourdies, molles et d’une blancheur sèche. Les mots que je lis sont comme une nourriture, ils me sautent à la gorge, ne passent pas, je fais un rejet de ces corps à corps inlassables. Les descriptions me poursuivent la nuit, cliniques, froides, désabusées, sombrant dans le détail pour faire oublier que l’essentiel n’est plus possible.
Et alors, mon âme imprime à son enveloppe la seule réaction qu’elle connaisse : Les brûlures dans la poitrine et la gorge, l’angoisse qui monte, qui cherche, qui traque l’indice d’une maladie, d’une déficience ; les yeux qui se posent partout, s’attardent, jusqu’à avoir trouvé la puce à l’oreille. La tête dans l’étau, les épaules qui se crispent et avalent la nuque, faisant glisser la sueur le long de la colonne pour finalement se loger dans les reins.
Hier soir, j’ai cédé, chassant les images à coup de Xanax, afin que la nuit, le temps de quelques heures, soit vraiment noire.